Alan Belcher “Preview”

25 mars – 3 septembre 2017

37 rue de Longvic 21000 Dijon


En 1986, l’artiste américain David Robbins réalisa une œuvre dont la dimension historique dépassa probablement tout ce qu’il avait envisagé pour elle. Intitulée Talents, elle se compose de dix-huit portraits photographiques assez académiques en noir et blanc, du style de ceux utilisée par l’industrie hollywoodienne pour représenter les acteurs – en tout cas d’un style assez éloigné de celui qu’on utilisait traditionnellement pour représenter les peintres et les sculpteurs. Si cette œuvre prit une dimension historique très spéciale, c’est en raison des artistes dont les portraits cohabitent dans les petits cadres argentés : ceux d’une nouvelle génération d’artistes œuvrant alors à New York et qui se sont depuis imposés comme des maîtres de l’histoire de l’art de la fin du XXe siècle. Cindy Sherman, Jenny Holzer, Jeff Koons, Peter Halley, Julia Wachtel, Steven Parrino, Ashley Bickerton, Robert Longo, Allan McCollum… Il en manque peu à ce panthéon prémonitoire qui, rétrospectivement, constitue un document sans équivalent relatif aux débuts de la « génération Jeff Koons ». Le premier d’entre eux, dans l’ordre de lecture en haut à gauche de cette composition de portraits (ils sont organisés en trois lignes superposées), est Alan Belcher, un artiste canadien né en 1957 à Toronto et vivant à cette époque à New York depuis 1977 […].
En 2012 Alan Belcher conçut et réalisa un ensemble d’œuvres en céramique transformant en « objet » l’universelle icône JPEG qui est désormais le préambule et le moyen d’accès à toutes les photographies dématérialisées. Évidemment, c’est une idée assez simple mais qui prend tout son relief dans la
carrière d’un artiste qui consacra toute son œuvre aux images et à leur transformation en objet. De cette icône en céramique, pas plus grande qu’une feuille A4 mais suffisamment épaisse pour devenir un objet polychrome et suffisamment vernie pour que sa surface prenne une densité particulière, Alan Belcher fait un usage sophistiqué, lui faisant endosser le rôle de tableaux auxquels elle se serait substituée. Les disposant par groupes, de manière à ce qu’elles singent au mieux la manière dont on accroche traditionnellement les séries de dessin, ou les isolant par trois sur un mur comme on accrocherait un triptyque important ; les disposant d’autres fois comme les icônes sur un écran d’ordinateur ou celles d’un zip file qu’on viendrait de décompresser, ils les placent dans les situations devenues ordinaires aux œuvres d’art. L’une d’elle, exposée dans un cadre doré et sur fond de velours noir, […] bénéficiant d’un éclairage théâtral, renvoie sans qu’aucun doute soit possible à la manière dont les tableaux sont exposés dans le contexte des ventes aux enchères, chez Christie’s ou Sotheby’s : une autre réalité des œuvres contemporaines.

Éric Troncy, « Alan Belcher » in Numero, février 2017

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