Annette Messager Ouvrages

6 mai – 17 juin 1988

16 rue Quentin 21000 Dijon

Dès les années 1970, Annette Messager réalise des œuvres qui s’affirment d’abord dans leur détermination à s’isoler des courants et tendances de la scène artistique occupée alors par les représentants de Support Surface ou de la Figuration narrative.

Certes on la ralliera très vite au rang de l’art sociologique. Mais qui parle encore aujourd’hui de cette branche là, tant les mouvements, bien souvent artifices commodes et réducteurs se font et se défont tout aussi vite. Les artistes eux-mêmes s’en dégagent et c’est tant mieux. Annette Messager toujours à l’écart de ce qu’on peut déceler comme courants de l’art actuel a présenté à Dijon au Consortium des « ouvrages » confectionnés cette année et l ‘année passée. À première vue on quitte le cauchemardesque empire des chimères, ces êtres hybrides, monstrueux qui hantèrent quelque temps les cimaises pour pénétrer un monde plus intime d’images soigneusement encadrées de noir. Annette Messager a abandonné ici le monumental envahissement du mur des exubérantes chimères et effigies pour une présentation de photographies de fragments du corps humain, de format plus réduit, disposées en une dispersion ordonnée comme autant d’ex-voto sur les parois d’une chapelle. L’œuvre fragmentée qui ne dit rien de son commencement ni de sa fin n’énoncera donc que par bribes la douce perversité de l’artiste, truqueuse à, nouveau ayant repeint sur ses photographies toutes sortes de pays ages évocateurs.

Prédatrice, Annette Messager s’approprie le monde par morceaux. À ainsi les mains, côté paume, photographiées, isolées sur fond noir emplissent un pièce. Accrochées haut sur les murs et penchées en avant à la manière de trophées de chasse elles constituent la série des  » Lignes de la main ». Mais il ne s’agit pas seulement de simples photographies car des motifs divers repeints les recouvrent et des colonnes de mots écrits directement sur le mur au crayon de couleur semblent à la fois leur servir de support et leur rendre un troublant hommage. Ces mots qui expriment tous des comportements humains et des sentiments, peur, jalousie, consolation, calme, trouble, tolérance, bonheur, promesse, séduction, respect, ambition, attente, tentation, retour… Sont là certes pour ce qu’ils signifient mais surtout pour ce pouvoir qu’ils détiennent d’invoquer les images. Or par delà leur présence comme conjuration, comme prière, offrande et autel en même temps leur répétition obsessionnelle tend à pervertir l’image et entretenir le caractère énigmatique et divinatoire de ce simulacre de chiromancie. La série « Mes petites effigies » est constituée de poupées de chiffon et nounours disposés au mur. Les mots également présents jouent un rôle de cadre ou bien de socles tandis que de petites photographies encadrées grossièrement sont suspendues au cou de chaque petit personnage. L’ensemble plus proche du monde fétichisé de la sorcellerie que de celui de l’enfance évoque tout à la fois les ex-voto un culte mystérieux, la magie noire ou blanche et plus généralement toute pratique ne relevant pas de la connaissance naturelle mais occulte. Des pratiques occultes aux pratiques artistiques le pas pourrait être facilement franchi. Ne le franchissons pas cela nous conduirait dans des considérations bien inutiles. Il est bien plus intéressant de constater comment Annette Messager, à l’instar de bien des attitudes récentes qui insistent sur une nécessaire distance entre l’artiste et son œuvre, entre le spectateur et ce qu’il regarde, a su trouver les moyens de nous faire pénétrer pas seulement une œuvre mais un univers artistique tout entier. Les titres reflètent l’intimité qui existe entre l’artiste et « ses choses » : Mes trophées, Mes petites effigies, ouvrages, ouvrages de broderie, vœux traduisent la tendresse et l’attachement qui lient l’artiste à ses confections.

Liens