Rémy Zaugg

30 octobre 2015 – 24 janvier 2016

37 rue de Longvic 21000 Dijon



Rémy Zaugg est mort en 2005. La dérive de sa succession, entraînant la disparition de la fondation qu’il avait souhaité lui survivre, et pour finir, les circonstances dramatiques de la disparition de Michèle, son épouse, en 2014, ont rendu la fréquentation de son œuvre extrêmement rare et émouvante…  Comme une mise à l’épreuve de l’absence.

Pourtant, pour ceux — et ils sont de plus en plus nombreux— qui ont été marqués par les personnalités de l’homme et de la femme, par l’intelligence et la force plastique du travail qui les mobilisaient tous les deux, ou bien encore par la pertinence et l’amplitude des écrits de l’artiste, la peinture de Rémy Zaugg demeure une présence continue… 

Une figure spectrale proche qui personnellement m’accompagne.

Exposer aujourd’hui sa production est une épreuve aussi « astreignante » que montrer celle de Joseph Beuys après sa mort. Et cela pour des raisons distinctes — la question de l’« installation » chez l’un diffère de celle de l’« accrochage » des tableaux chez l’autre — mais, parce que l’exposition est (était) pour eux deux le moment de l’« instauration »  (au sens du philosophe Etienne Souriau) : « le lieu de l’œuvre et de l’homme »… Sculpture sociale et peinture sociétaire.

C’est pourquoi, saisis dans la précarité d’un moment (l’« après l’artiste ») où il va nous falloir envisager l’utilité de cette grande œuvre à l’aune de son « pendant l’exposition », l’énoncé de cette exposition-là se pare de parenthèses : (Rémy Zaugg). Une opportunité pour signaler le chantier en cours, celui de l’indispensable interprétation à venir : trois tableaux sont inachevés et néanmoins accrochés, deux peintures pointent la disparition, que l’on espère provisoire, de leurs consœurs pour reconnaître pleinement ce qui se présentait à l’origine comme un quadriptyque.

Dire que cette exposition se place dans la logique propre au natif de Courgenay (dans le Jura suisse) d’une situation prioritaire de perception, tient cependant de l’évidence. Rassemblement  — que l’on pourra légitimement juger hétéroclite car non discursif — de faits picturaux, la présentation veut rendre compte de son engagement  assumé. Elle couvre tout le parcours de cette expérience exigeante de réciprocité  où « le tableau te constitue et tu constitues le tableau ». Et où, possédé autant que possesseur, le spectateur  est « percevant », sans commune mesure avec les attendus un peu trop rabâchés du «regardeur qui fait le tableau ». 

Beaucoup de « choses » ont déjà été montrées (mais pas forcément bien vues) — je pense aux tableaux bruns du Musée d’art contemporain de Lyon — Ein Blatt Papier – et  aux tableaux fantomatiques ou, à l’inverse, matiéristes, tirés des collections publiques bourguignonnes. D’autres n’ont été que très rarement présentés comme les deux très grands formats d’un ensemble de quatre exposé une seule fois au Kröller-Müller Museum d’Otterlo en 1996 (The Work : Unfolding), les tableaux bleus du tout début des années soixante-dix ou un groupe de « nouveaux » tableaux blancs sur gris, peints sur aluminium au commencement des années deux mille.

Invité en 1989 et en 1992 pour une exposition personnelle, beaucoup (et bientôt intégralement) publié aux Presses du réel, co-signataire avec les commanditaires de Blessey-sur-Tille en Côte-d’Or d’une œuvre pour leur lavoir, Rémy Zaugg est un compagnon « permanent » de la vie du Consortium.  Qu’il nous soit ici permis ici d’associer à son évocation, avec la plus empathique affection, la personne indispensable et chaleureuse de Michèle.

Xavier Douroux
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Avec le soutien du fonds de dotation Le Consortium Unlimited

Edith Dekyndt Théorème des Foudres

30 octobre 2015 – 24 janvier 2016
37 rue de Longvic 21000 Dijon

L’œuvre d’Edith Dekyndt se caractérise par des formes minimales qui jouent avec les conditions et les limites de la perception, elle touche à des questions qui sont devenues essentielles, notamment celle des relations qui se tissent entre l’homme et son environnement. Edith Dekyndt avance à partir d’expérimentations qui visent à rendre visible les énergies qui animent le monde. Pour cela, elle mélange les sciences et la magie, la technique et l’intuition, son abstraction prend racine dans l’expérience physique de la matière. Derrière l’élégance de son minimalisme grouille la multiplicité du vivant, comme dans ce tas de fumier dont elle filme les vapeurs qui s’échappent au petit matin. Selon les mots de Vinciane Despret, son œuvre témoigne de la diversité des façons dont les choses et les êtres font compter leur environnement. Dekyndt nous propose de percevoir comment les choses et nous devenons réciproquement sujets et objets d’expérience. Et comment, dans ces expériences, par un jeu constant de relais et de médiations, nous échangeons nos propriétés.

Au Consortium, Dekyndt a choisi de composer son exposition avec un ensemble d’expériences qui empruntent à la spécificité du territoire de Dijon et de la Bourgogne, au vin, à la terre, au rouge et or du triptyque du Jugement Dernier des hospices de Beaune. Une série de tableaux recouverts de caséine, de vin ou de sang exposent les craquelures produites par différentes étapes de moisissure et de dessèchement. Une couverture de laine rouge est recouverte de feuilles d’or. Dekyndt a aussi travaillé à partir de la cristallisation sensible du vin, une méthode qui permet de lire la nature de la terre dont le vin est issu. Elle a associé à cette partie plus contextuelle de l’exposition un ensemble d’œuvres de vingt ans antérieures qui lui font écho.
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Edith Dekyndt est née en 1960 en Belgique, où elle vit et travaille à Tournai. Son travail a été présenté dans plusieurs grandes institutions internationales, notamment lors  d’une exposition personnelle au Mac’s du Grand’Hornu en Belgique (2010) ou des expositions collectives au Moma de New York (2010) , au Printemps de Septembre de Toulouse (2011), à la Kunsthalle de Vienne ou à la 5e Biennale de Moscou  . Ses œuvres sont présentes dans plusieurs collections publiques, dont le Moma de New-York, et le Witte de With de Rotterdam. Un second volet de l’exposition sera présenté au Wiels à Bruxelles en février 2016.
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Remerciements : Carl Freedman Gallery, Londres ; Galerie Greta Meert, Bruxelles ; Galerie Karin Guenther, Hambourg.
Avec le soutien du fonds de dotation Le Consortium Unlimited

Klara Lidén

20 juin – 27 septembre 2015

37 rue de Longvic 21000 Dijon

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Klara Lidén présente une nouvelle installation dans la salle haute du Consortium. Elle y installe un ensemble de jerricans d’une capacité de 1000 litres transformés en chandeliers et dont certains sont marqués à la bombe rose. Comme c’est souvent le cas dans l’œuvre de Lidén, son installation est très simple mais elle puise dans cette simplicité même une capacité à provoquer physiquement une expérience mentale. Son travail explore les relations du corps intime et de l’espace public, déploie des stratégies de survie et de résistance pour ce corps dans un environnement qui le contraint et le détermine. Ses vidéos comme ses objets ne représentent rien mais portent la marque d’actions physique, brutales dans leur frontalité, délicates dans la maîtrise du geste.

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Klara Lidén est née en 1979 à Stockholm. Elle vit et travaille à Berlin. Son œuvre a fait l’objet de nombreuses expositions monographiques de la Serpentine Gallery de Londres au Moderna Museet de Stockholm ou au New Museum de New York. Lidén a reçu une mention spéciale pour sa participation à la 54e Biennale de Venise.


Marie Angeletti

14 février – 17 mai 2015

Le Consortium, Dijon

Marie Angeletti (née en 1984 à Marseille) utilise la photographie avec la souplesse qui caractérise la circulation digitale des images, et une fluidité qui résulte aussi de modes d’existence. Les images qu’elle capture, compose, vole et retouche se situent au croisement de deux trajectoires. L’une, analytique et esthétique, explore la manière dont l’art circule et se consomme sous toutes ses formes, des plus institutionnalisées aux plus sauvages. L’autre, plus existentielle, rend compte d’une déambulation quotidienne qui cherche le point de rencontre de l’individuel et du collectif.

L’invitation du Consortium a été l’occasion de condenser à l’extrême quelques uns des projets qu’Angeletti a mené ces dernières années, à  l’affut de situations qu’elle investit à la recherche d’une transformation mutuelle. Parmi celles-ci, il y a Hotel 11 a bis où elle a pris pour point de départ un hôtel de Londres qu’elle a d’abord transformé en théâtre de prises de vue avant d’y installer spontanément les images qu’elle y avait pris. C’est par hasard qu’elle comprendra plus tard que l’hôtel, et donc aussi ses œuvres, avaient été détruits peu de temps après. Un retournement et un prolongement parasitaire  des conséquences qui se retrouve aussi pour Fabricant Couleurs. Invitée par le propriétaire d’une usine de peinture basée en France et en Chine, Angeletti est parti à la rencontre de l’art produit par les employés de l’usine pendant leur temps libre pour finalement organiser, dans l’usine même, une exposition où se mélangeaient ses images et les leurs. Cette subversion des frontières pour constituer un espace sans couture où toute la vie et toutes les images s’interpénètreraient s’accorde difficilement avec l’espace stabilisé de l’exposition. Pourtant, c’est aussi de tels moments de pause qui permettent de faire émerger la singularité du regard d’Angeletti fasciné par le passage de l’animé à l’inanimé,  par la coexistence du merveilleux et du monstrueux, par le surgissement simultané de la différence et de la répétition.

— Marie Angeletti,
Crandford Collection 04 & 05
(Centres d’art, musées, galeries & varia)

— Marie Angeletti,
Fabricants Couleurs (Edition Patrick Frey)

Christian Boltanski

18 décembre 1978 – 18 janvier 1979

55 rue Chabot-Charny 21000 Dijon

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