Laure Prouvost « Dropped here and then, to live, leave it all behind »

25 juin — 25 septembre 2016

37 rue de Longvic 21000 Dijon Dijon


 

Du gout éphémère de la framboise

C’est l’histoire d’une fuite, le récit d’une échappée vers l’inconnu, d’un départ vers ailleurs, d’une envie d’aller plus loin et de tout laisser derrière soi…

Nous quittons l’entrée. Nous abandonnons nos téléphones, nos ordinateurs, nous partons loin, très loin… Alors nous nous avançons dans l’obscurité, nous entrons dans une salle vide, où nous pouvons entendre cette voix et voir ces lumières. Puis nous pénétrons dans le « IT HEAT HIT », où des gens se réunissent, tandis que d’autres dans une salle à notre droite discutent de la façon dont il est possible de faire de l’argent religieusement, s’inquiètent de leur existence, de leurs moyens de subsistance, disent leur volonté d’être plus que cela, car ils savent parfaitement qu’ils ne sont que des pixels. Nous savons que nous devons aller plus loin, avancer plus loin avec vous. Perdus, nous suivons quelques signes, regardons les oiseaux manger des framboises…
Respirons, déglutissons, marchons autour, avant de trouver notre chemin vers l’air frais. Plusieurs possibilités s’offrent alors à nous. À notre gauche, nous ouvrons la porte, quelques reliques du passé apparaissent, ce ne sont plus alors seulement des images. C’est un atelier d’artiste abandonné, celui du Grand-père disparu dans les tunnels de nos histoires. Pour lui montrer son affection, Grand ma a fait une tapisserie, le sol a été nettoyé et recouvert d’une nouvelle moquette pour cacher la poussière du passé. En poursuivant, quelques « stories of reflections » nous guident. Nous savons que nous pouvons tous nous transformer « Into All That Is Here ».

L’exposition présentée au Consortium est le premier chapitre d’un récit qui se poursuivra au MMK Museum fur Moderne Kunst en septembre 2016 et au Kunstmuseum Luzern en octobre 2016.

Ces expositions ont été conçues comme une errance en trois actes, dans laquelle nous sommes invités emprunter les parcours imposés ou suggérés par l’artiste, avant de tenter de fuir cette réalité, à essayer d’y échapper…
À l’entrée de l’exposition, notre attention est immédiatement captée par un grand couloir permettant un voyage à sens unique. Ce parcours linéaire nous conduit vers une succession d’installations vidéo, créant un sentiment de saturation nous contraignant à chercher un lieu de décompression.

Au centre du parcours, un large pan de mur du Consortium s’ouvre laissant le gravier de la cour intérieure recouvrir le sol du centre d’art. Ici, et pour la première fois, le travail de Laure Prouvost est en dialogue avec l’extérieur. Cet espace à la lumière du jour, ouvert sur l’extérieur, nous offre une pause dans un parcours très dense.

Après cette aire de repos, nous continuons notre périple en suivant un chemin moins contrôlé par l’artiste : deux portes suggèrent deux chemins possibles. Cette décision individuelle nous mène vers des œuvres plus intimes et personnelles.

Laure Prouvost a reçu le Max Mara Art Prize for Women en 2011 et a été le premier artiste français a remporté le prestigieux Turner Prize en 2013. Elle dit parfois être née en 1952 à Sydwansea et vivre entre Tokyo et un mobile home dans le désert croate ; mais ce n’est pas qu’une excellente conteuse, c’est aussi une grande menteuse…

Laure Prouvost fait partie de ces artistes pour lesquels l’art a le droit d’être un mensonge parfait. Son œuvre est remplie d’histoires indépendantes qui se recoupent, se répondent, se croisent, créant ainsi non pas une fiction, mais une réalité idiosyncrasique, poétique, sensible, humoristique et sensuelle. La réalité appartenant au monde des idées, l’artiste opère un passage de la fiction à une forme de réalité, imposant l’art comme discours et réalité autonome. Elle substitue le concept de véracité à celui de réalité et nous en propose une autre.

C’est dans le récit que cette réalité prend vie. Une réalité qui ne se laisse pas montrer facilement, qu’il faut déformer, transformer, donner à percevoir par un ensemble d’expériences, pour mieux l’organiser et la maîtriser. Une réalité segmentée et partagée au fil d’un cheminement labyrinthique, qui fait prendre une place centrale au spectateur, en s’adressant à lui, en se mettant à sa place, en lui donnant au travers des images le sentiment physique et bien réel d’une expérience du monde. Laure Prouvost construit sa narration en utilisant chaque impression provoquée chez le spectateur ; qui est directement interpellé, appelé à prendre part à l’œuvre, à en faire partie. L’œuvre a besoin de lui pour exister.
Le spectateur n’est plus passif, pris dans le flux des images, il devient un récepteur sensible, dont la vue, l’ouïe, l’odorat et le gout sont sollicités. Il doit s’approprier l’œuvre qui échappe alors pour partie et pour partie seulement à l’artiste, qui utilise la forme filmique pour manipuler l’expérience du visiteur, le séduire, le conduire à s’impliquer émotionnellement dans l’histoire proposée, afin de pouvoir mieux le contrôler.

Laure Prouvost travaille à la traduction en images de sensations, de sentiments et développe une pratique polymorphe autour de l’idée de traduction, de translation et de transposition. Le choix de la manière de transposer une forme ou une autre permet de produire un sens différent. Ses œuvres témoignent aussi d’une réflexion poussée sur le langage, son sens et sa compréhension, ainsi que sur la langue écrite et parlée. Il s’agit pour elle de créer de nouvelles possibilités de significations.

Swallow, présentée au centre de l’exposition, rend tout à fait compte de cette volonté de traduire des sensations en images ; ici, le sentiment du soleil sur la peau, l’éblouissement, le gout des framboises… La poétique de l’image artistique et la référence aux baigneuses et aux vierges du Quattrocento sont associées dans un montage cut au son d’une respiration semblant avaler l’ensemble de ses sensations. Ces images très sensuelles, donnant le sentiment de la chaleur ressentie au contact du soleil, du gout de la framboise en bouche, ne sont pas sans évoquer la scène du panneau central du Jardin des délices de Jérôme Bosch, qui peut être lue comme une célébration des plaisirs de la vie ou bien, comme le pensait Ernst Gombrich, comme la représentation de l’humanité corrompue d’avant le déluge.

Laure Prouvost nous fait voir un travail de textures très diverses orienté sur la question de la perception. Cette exposition s’offre comme un ensemble d’expériences immersives, physiques et sensibles, elle est un moment à vivre, elle demande du temps et a besoin d’être explorée.
Les œuvres de Laure Prouvost habitent un espace d’exposition modifié par l’architecture, les ambiances, les lumières, les odeurs, dans lequel se déploient ses installations, qui sont comme un théâtre d’objets, et ses vidéos, dans lesquelles le rythme visuel et le son jouent un rôle déterminant.

L’exposition se conclut avec Into All That Is Here, où l’idée de creuser, de faire des tunnels sert de point de départ à une réflexion première et sensuelle sur l’amour, la naissance et la mort. C’est également une considération sur l’encombrement psychologique provoqué par le flux et les superpositions mentales d’images et la façon dont elles nous consument.

Dans les histoires de Laure Prouvost, on peut se perdre, mais on peut aussi se retrouver. Ici, entre pots d’échappement et grand air, entre identité, histoire familiale et migration, entre espaces intimes et tunnels, on s’échappe vers des environnements inattendus et inconnus.

C’est le récit de la nécessité d’un changement ; avec l’art et l’histoire de l’art comme perspective et échappatoire… C’est aussi l’histoire du gout éphémère de la framboise…

Astrid Handa-Gagnard
___

*Cette exposition, dont le commissariat est assuré par la directrice du FRAC Bourgogne, est le résultat d’un partenariat initié de longue date entre Le Consortium et le FRAC Bourgogne, autour du travail de Laure Prouvost, suite à l’entrée dans la collection du FRAC Bourgogne de l’œuvre After After, qui sera présentée au Kunstmuseum Luzern du 29 octobre 2016 au 12 février 2017.

___

En collaboration avec :
MMK Museum für Moderne Kunst, Francfort-sur-le-Main (3 septembre – 6 novembre 2016)
ALL BEHIND, WE’LL GO DEEPER DEEP DOWN AND SHE WILL SAY: et le Kunstmuseum Luzern, Lucerne (29 octobre 2016 – 12 février 2017) AND SHE WILL SAY: HI HER, AILLEURS TO HIGHER GROUNDS

Avec le soutien de : Mécénat Picard ; Galerie Nathalie Obadia, Paris ; Bruxelles ; fonds de dotation Le Consortium Unlimited
Remerciements : carlier | gebauer, Berlin ; MOT International, Bruxelles ; Londres

Wade Guyton

25 juin — 25 septembre 2016

37 rue de Longvic 21000 Dijon


Pour cette exposition monographique d’envergure, l’artiste américain Wade Guyton propose une trentaine d’œuvres inédites, exécutées pour les espaces du Consortium à Dijon et ceux de l’Académie Conti à Vosne-Romanée.

Né en 1972 à Hammond, Indiana, Wade Guyton (qui vit et travaille à New York) est l’un des représentants parmi les plus influents d’une génération d’artistes qui pense et produit des images à l’ère du numérique.

Si certaines de ses œuvres renvoient à la structure et au langage de la peinture, au sens traditionnel du terme, elles en modifient néanmoins radicalement les codes et les modes de production. Les peintures de Guyton sont effectivement réalisées à l’aide de très grandes imprimantes à jet d’encre dans lesquelles il fait passer plusieurs fois la toile pour y imprimer des motifs et lettrages. Les erreurs, les coulures et les défauts d’impression font partie du programme général de composition et assurent l’unicité du résultat : « Les premiers travaux que j’ai réalisés sur ordinateur, c’était comme de l’écriture, le clavier remplaçant le stylo. Au lieu de dessiner un X, j’ai décidé d’appuyer sur une touche ».

Répétés sous divers formats, les signes ainsi générés par ordinateur, que ce soit des X, des U ou encore l’image d’une flamme scannée à partir d’un ouvrage, font désormais partie des icônes de l’art contemporain.

Guyton produit également des sculptures, des dessins ou des installations, mais il a choisi pour ce projet de se restreindre uniquement au format « peinture ». Il aborde ici un nouveau chapitre avec un ensemble de pièces clairement figuratives en parallèle à d’autres plus abstraites, toutes ayant été conçues entre 2015 et 2016. L’image centrale de l’exposition, déclinée dans diverses dimensions, est une photographie prise dans son atelier.

Au premier plan, se dresse l’une de ses sculptures, constituée de l’armature tubulaire modifiée d’une chaise de Marcel Breuer posée à même le sol.

À l’arrière-plan, on aperçoit la partie droite d’une des peintures de la série des Black Paintings, ainsi que le mur blanc auquel l’œuvre est adossée. D’autres images qui représentent le sol en bois de l’atelier à New York ainsi que certains zooms dans des fichiers bitmap complètent l’ensemble de ces nouveaux travaux.

« Pour comprendre mon travail autrement, j’ai commencé à le photographier dans l’atelier et à produire des peintures à partir de ces images. C’est parfaitement logique d’utiliser une image photographique avec les outils dont je me sers. Mes imprimantes ont été conçues pour remplacer
la photographie qu’on développait en chambre noire… Une sorte d’opération commerciale hostile déguisée en progrès technologique et en amélioration de l’image. »

L’irruption soudaine d’éléments biographiques tirés du réel et de son quotidien bouleverse l’iconographie à laquelle l’artiste nous avait habitué et ouvre de nouvelles perspectives. À travers la mise en abyme de son propre travail, Wade Guyton continue d’interroger l’ensemble de la chaîne de production et de représentation ainsi que le devenir image de l’art.

Cette exposition (dont Nicolas Trembley est le commissaire invité) est le fruit d’une coopération avec le MAMCO de Genève (12 octobre 2016 — 5 février 2017).

strong>Wade Guyton a exposé à l’Académie Conti à Vosne-Romanée du 26 juin au 25 septembre 2016 et « Mur » rue Saint-Bon à Paris du 10 juin au 30 septembre 2016.
___

Avec le soutien de : Chantal Crousel et Niklas Svennung, Galerie Chantal Crousel, Paris ; Dominique et Didier Guyot ; fonds de dotation Le Consortium Unlimited

Joe Bradley

21 juin – 28 septembre 2014

37 rue de Longvic 21000 Dijon

When there’s a painting in the room, my eye goes right to it. It’s like if you go into a bar and there’s a television on, you can’t take your eyes off the television. Paintings have that effect on me. It’s where my eye settles.
Joe Bradley

Depuis sa participation à la biennale du Whitney en 2008, Joe Bradley (qui commença à exposer ses peintures au début des années 2000) a suscité un intérêt croissant, tandis qu’il mettait en place les éléments apparemment disparates d’une œuvre essentiellement dévouée à la peinture. Disparates, car cet artiste né en 1975 dans le Maine, et qui vit aujourd’hui à New York, convoque pour chacune de ses expositions personnelles dans les galeries un style différent, s’appuyant aussi bien sur le souvenir de principes liés à l’art minimal qu’à la peinture expressionniste abstraite.

L’exposition au Consortium rassemble une trentaine de peintures et une soixantaine de dessins émargeant à chacune de ces manières, permettant de considérer enfin cette œuvre dans son ensemble. Par delà la diversité des styles — peintures modulaires monochromes assemblées en groupes aux formes anthropomorphes ; Schmagoo Paintings aux motifs basiques (une croix, un poisson, un homme flottant dans l’espace) à la manière des peintures pariétales ; silhouettes de danseurs ; tableaux abstraits évoquant la peinture informelle ou expressionniste abstraite,… — se dessine alors un projet qui voudrait embrasser l’activité picturale « au-delà » du style pour, peut-être, atteindre quelque chose de plus essentiel.

Joe Bradley a étudié à la Rhode Island School of Design de Providence où il a obtenu un BFA en 1999. Il a présenté son travail dans des expositions monographiques à la galerie Peres Project de Los Angeles (2007) et de Berlin (2007, 2009, 2010) ; à la galerie Canada de New York (2006, 2008, 2011) ; à la galerie Eva Presenhuber de Zürich (2012, 2014) ; à la galerie Almine Rech de Paris (2011) à la galerie Gavin Brown’s enterprise de New York (2011, 2013).

Paul-Armand Gette Le Jardin Botanique

12 – 31 janvier 1978

55 rue Chabot-Charny 21000 Dijon

Featured Posts

LE JARDIN BOTANIQUE
Contribution à l’étude des lieux restreints

L’inclusion du phénomène « jardin botanique » dans une recherche qui s’est donnée pour cadre la sensorialité provient du curieux sentiment d’irréalité que nous avons toujours éprouvé en ces lieux très précisément délimités où une vision de la « Nature » nous est proposée, nous pourrions dire plus exactement une vision d’une certaine nature. Nous avions noté lors d’un précédent travail que le jardin botanique tel que nous le connaissons, n’était concevable qu’en fonction de l’existence d’une nomenclature et que de ce fait il se trouvait plac6 en quelque sorte sous le règne de l’étiquette.

Le spectacle qu’il nous offre est le reflet de la nature, la nomenclature jouant le rôle d’un miroir gauchissant puisque le règne végétal nous est restitué dans un ordre différent de celui qui lui est habituel, tant du point de vue de la répartition géographique des espèces que des associations végétales.

Ces anomalies inhérentes à la finalité du jardin botanique sont â l ‘origine de ce travail et si nous y avons privilégié l’utilisation de la photographie nous prions le lecteur de se souvenir, s’il se trouve confronté à notre proposition visuelle, que nous n’6prouvons nulle affection particulière pour ce procédé, mais que nous l’utilisons simplement parce qu’il existe.

Paul-Armand Gette

affiche