Braco Dimitrijevic Triptychos Post Historicus

6 juillet — 8 août 1987

16 rue Quentin 21000 Dijon

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L’exposition qui s’est tenue au Consortium en 1987, présentait trois Triptychos post-historicus déployés dans l’espace, ainsi que d’autres, photographiés et accrochés au mur.

Le triptyque fait référence à un agencement classique en trois parties ; quant au terme « post-historicus ». Braco Dimitrijevic le définit par « une situation qui rend possible la coexistence de qualités différentes ».

La juxtaposition d’éléments divers favorise, à son sens, une esthétique hors des déterminismes culturels véhiculés par une histoire linéaire.

Dans le Triptychos post-historicus, l’artiste réunit trois éléments : un tableau faisant partie de notre patrimoine culturel, des objets usuels appartenant à une personne rencontrée par hasard – ils ne bénéficient donc pas de la plus-value que le star système aurait pu leur attribuer — ainsi que des denrées périssables — aliments, bougies…, horloges naturelles qui conditionnent la durée de l’ œuvre.

Chaque œuvre grandeur nature du Consortium comprend un tableau : le Marat assassiné, une copie par l’atelier de J-L. David vers 1800 conservée au musée des Beaux-Arts de Dijon ; La femme assise de Fernand Léger et La fée ignorante de René Magritte issus de la collection Christian Zervos (à Vézelay). Braco Dimitrijevic s’inscrit dans le contexte régional pour mieux subvertir le système institutionnel qu’il mine de l’intérieur. Par des créations difficiles à conserver, le mélange d’œuvres d’art et d’objets ordinaires, et l’accent mis sur l’autonomie des différents éléments, il affirme la polysémie de l’ œuvre au détriment d’un discours critique univoque.

Il ne veut surtout pas créer un style, mais le trinôme qu’il développe fait système. Or style et système peuvent prêter à confusion. Son œuvre risque d’être mal interprétée et finalement récupérée par l’histoire qu’il dénonce. L’équilibre qu’il tente de réaliser entre inscription dans un milieu institutionnel et subversion est fragile, mais les moyens qu’il emploie méritent qu’on s’y arrête.

Dans Triptychos post-historicus ou Le trésor du peuple comprenant le Marat assassiné, la malle de Marcel Bonnette de Lusigny et un tas de pommes de terre, Braco Dimitrijevic ôte le tableau du mur pour l’intégrer à l’espace du visiteur, mais il marque une délimitation en installant l’ œuvre sur un socle. Il adopte les conditions d’exposition de la sculpture pour mieux en dénoncer la conception archaïque. Il travaille par déplacement, rencontre inopinée et association d’idées, de couleurs … afin de mettre en place un jeu de correspondances ayant trait notamment aux sens. On peut alors penser aux Natures Mortes du XVIIe siècle et aux Vanités, allusion à l’éphémère et à l’orgueil de l’homme, mais le sens de l’humour est toujours très présent, ne serait-ce qu’au travers des titres, où Braco Dimitrijevic se défie d’une histoire de l’art savante et stérile. Le Triptychos posthistoricus ou Merret n’aimait pas la pluie, qui réunit La femme assise de Fernand Léger, des parapluies prêtés par la Maison Robinson à Dijon et des concombres, peut dans cette logique nous rappeler la phrase de Lautréamont où il compare le Beau à : « la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ». Alors que l’artiste a délibérément placé sa première œuvre dans un espace restreint (le coin d’une salle) adapté au sentiment de confinement qu’elle inspirait, il n’a pas hésité à déployer la suivante en installant les parapluies ouverts sur toute la surface de la mezzanine. L’ensemble est donc mis en scène et surplombe une des deux pièces qui accueille le Triptychos post-historicus ou Trou noir, la Grande Ourse et autres galaxies.

Cette troisième œuvre comprend la dispersion de socles assez hauts surmontés de pommes ou de bougies allumées par Franck Gautherot ; elle semble en constante expansion et inclut le visiteur.

C’est en fait toute l’exposition qui favorise la circulation entre les œuvres et leur mise en relation. La fée ignorante de René Magritte, face à ces deux salles, est comme une fenêtre ouverte sur le monde ou un miroir que l’on pourrait traverser mais qui transforme les signes. La bougie du tableau est éteinte, contrairement à celles du Consortium qui finiront pourtant par se consumer.

Braco Dimitrijevic fait évoluer son travail de différentes manières, il élargit son champ d’action en incluant le visiteur, et en même temps, il capte l’essentiel par ses œuvres photographiques rappelant ces photos-témoin élevées au rang d’œuvres d’art – qui en un clin d’œil nous prennent à partie par des questions telles que : Un morceau de fromage peut-il remplacer le suprématisme ?

Il se rapproche de cet humour propre à Magritte, et de cette histoire de l’art alliant dérision, imaginaire et hasard.

Keren Detton

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