Cécile Bart Monuments / jours / années

4 septembre – 3 octobre 1993

37 rue de Longvic 21000 Dijon

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Avec cette exposition à L’Usine, Cécile Bart semble donner une nouvelle inflexion à son travail, pour deux raisons au moins. Ici, ses « peintures / écrans » ne sont pas tendues sur des châssis et disposées dans l’espace mais directement appliquées sur l’architecture. Par ailleurs, la couleur fait sa véritable apparition, elle n’est plus limitée au gris/noir ou au vert. Il s’agit moins d’une rupture, ou d’un retour, que le développement « naturel » d’une œuvre où la peinture est plus que jamais indexée à l’environnement, au réel. Trente carrés de deux mètres par deux mètres en tergal « plein jour » (tissu à rideau) sont donc directement appliqués sur les murs à la manière d’un papier peint. Ces carrés ont été enduits au préalable avec des teintes industrielles utilisées dans le bâtiment. La couleur a pour fonction d’accentuer l’autonomie et la présence de chaque pièce de tissu.

Pour l’accrochage, l’espace a été « coupé en deux », dans sa longueur et dans sa hauteur : sur l’un des cotés les carrés sont « calés » au plafond, sur l’autre coté au sol. Ces deux frises décalées établissent deux niveaux de lecture (au sens littéral), et redoublent en même temps le périmètre de la salle, lui donnant ainsi une nouvelle unité, à saisir dans sa globalité.

Chaque élément conserve une échelle proche du tableau, et son adhérence au mur, fait littéralement corps avec l’architecture, comme une peau. Ces peintures ont une double existence paradoxale. La densité et l’opacité de la couleur se saisissent dans une vision latérale, dans le déplacement, alors qu’un effet de transparence, ou de fluidité, coexiste dans une perception frontale, à l’arrêt.

« Quant à la dualité peinture/architecture, elle ne fait pas partie de ma liste. Disons que ce n’est pas mon angle d’attaque. Je suis peintre, c’est clair et il y a assez d’indications dans mon travail sur cet usage de la peinture. Je préfère l’opposition motif / monochrome . Le motif (le paysage vu à travers), c’est la tentative d’avoir une prise sur le réel, le réel imagé (de capter, d’enregistrer). Le monochrome, c’est l’acharnement au recouvrement, à l’obturation : mettre au mur à coté d’un autre, jouer d’égal à égal avec l’architecture. Le réel est alors d’un autre ordre, c’est « l’ici et maintenant ». Le déplacement du regard et des corps amène la trahison. Chaque terme remet « autre à sa place, l’empêche d’appartenir à la famille des mots à majuscules (des entités).

Cécile Bart, extrait d’un entretien avec F. Bentolila, cat. Dedans/Dehors, 1991

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