Christian Boltanski Les monuments

15 novembre 1985 – 4 janvier 1986

16 rue Quentin 21000 Dijon

Featured Posts

[Après 13 ans]

La mise en scène est globale et l’espace privé d’éclairage extérieur. Saisi en plan serré, chaque visage d’enfant, placé dans un cadre en fer blanc ou un entourage photographique décoratif (dont le profil peut varier), est associé à trois petites ampoules.

Dans la première salle, ces images se répartissent de façon aléatoire sur tout le mur et dans la seconde, elles forment trois configurations vaguement triangulaires que perturbent les entrelacs de fils électriques. Ailleurs, combinées à des chromos rouges et ambrés, où parfois se superpose la photographie d’une fleur ou d’un enfant en pied, elles s’organisent selon des constructions géométriques simples (table, colonnes, autel).

Ainsi les portraits perdent leur valeur identitaire, et nous invitent plutôt à considérer une idée générique, celle de l’enfance. Entre fresques et pale, Boltanski nous plonge dans le deuil collectif et sacralisé de l’enfance perdue, comme première expérience de la mort et de l’oubli, car comme il le rappelle lui-même : « On dispose d’une survie très très limitée. »

Anne-Laure Even

 

L’artiste

Il ne devrait plus être besoin de présenter Christian Boltanski au public français. Se déclarant lui même autodidacte, il a d’abord peint jusqu’en 1968. Au début des années soixante-dix il a incarné avec Jean Le Gac et d’autres cette partie de l’avant-garde, si peu reconnue alors en France, qui choisit de s’exprimer en dehors de la peinture. Jusqu’en 1980, il expose régulièrement à la galerie Sonnabend à Paris et par deux fois (en 70 et en 74) à l ‘ARC (Musée d’Art Moderne de la Vil le de Paris). Invité à la Documenta de Cassel en 1972, ce sont surtout des instituions allemandes qui lui donneront la possibilité de présent et les nouvelles étapes de son œuvre (Münster, Kiel, Stuttgart, Bonn , Karlsruhe). Christian Boltanski a eu une importante exposition personnelle récemment au Musée National d’Art Moderne à Paris.

En Bourgogne Serge Lemoine a invité Christian Boltanski dès 1973 au Musée Rude dans le cadre d’une exposition collective (avec Jean Le Gac et Annette Messager), l’année même où il lui faisait réaliser le 1% du C.E.S les Lentillères à Dijon.

En 1978, Christian BOLTANSKI présentait au Coin du Miroir, Dijon, ses premières projections.

En 1979, c’était à la Maison de la Culture de Chalon sur Saône la première présentation d’ensemble de l’œuvre photographique, en même temps que paraissait sa bio-bibliographie complète.

Le Fonds Régional d’Art Contemporain de Bourgogne possède deux œuvres de l’artiste.

Son œuvre

L’œuvre de Christian Boltanski a figuré dans des expositions tour à tour sous les bannières du « narrativ art », de l’art de la trace (« spurensicherung ») ou des mythologies individuelles.

Il se signale d’abord en 1969 par des envois postaux, puis en 1970 par la fabrication répétitive d’objets. Rapidement ses œuvres induisent l’existence d’un personnage fictif « Christian Boltanski », dont le passé, mis en scène, semble tour à tour vrai ou faux.

En 1973 et 1974, la série des « inventaires » où étaient présentés, en photographie d’abord, puis réellement, tous les objets ayant appartenu à une personne venant de disparaître (Baden-Baden, Münster, Jerusalem, Humleback, Paris, New York) donnait encore plus d’impact à une forme que Christian Boltanski affectionnait : la collection, la vitrine, le musée personnel.

Durant ces mêmes années apparaît le Christian Boltanski fantaisiste, qui fera quelques performances pour lesquelles on évoquera souvent le souvenir de Karl Valentin.

En 1975, Christian Boltanski se fait photographe, ou plutôt il joue à être un « bon photographe », exhibant les modèles véhiculés par ce médium populaire : images modèles, images stimuli, compositions photographiques, fleuries, murales, initiatiques, japonaises, féériques, occidentales, classiques, enchantées, modernes, primitives, divertissantes, mythologiques, architecturales…

Des petites constructions bricolées (avec des bouchons, des épingles et de la ficelle, par exemple) photographiées avec un éclairage théâtral sur fond noir, Christian Boltanski est passé récemment à l’animation de mobiles qui projettent leurs ombres disproportionnées sur les murs de la salle où ils sont installés.

(L’œuvre de ce genre, présentée à la dernière Biennale de Paris, a été acquise par le FRAC de Bourgogne).

L’exposition

Christian Boltanski a réalisé quatre importantes pièces, spécialement pour l’exposition du Consortium.

Les photographies des enfants du C.E.S des Lentillères (œuvre faite dans le cadre du 1% en 1973), servent de matériel de départ à des installations qui utilisent l’électricité (plusieurs centaines d’ampoules).

De petites lampes de chevet murales avaient été intégrées aux œuvres, à l’occasion de la présentation des jardins japonais à la galerie Sonnabend en 1980. Les compositions occidentales de 1981, en forme de pyramides (ou de sapins) mêlaient déjà photographies au mur et petites ampoules.

Le projet s’inscrit dans la série de « monuments ». Les cadres eux-mêmes sont réalisés en photographie et les ampoules dessinent des arabesques qui renforcent le caractère exotique des compositions.

Une installation utilisant les ombres projetées sera également présentée.

Un catalogue a été édité où figureraient les œuvres créées à Dijon dans la collection des « Succès du BEDAC ».
Il comprend également une interview et un texte de présentation.

 

Liens