Daniel Buren

4 — 23 octobre 1982
France 3 Bourgogne – journal télévisé 21000 Dijon
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[1983, succès du bedac n°2]

C’est en 1981, à l’occasion de la préparation de l’exposition Mise en pièces, mise en place, mise au point (avec : Daniel Buren, Peter Downsbrough, Sol LeWitt, François Morellet, Claude Rutault, Fred Sandback et Niele Toroni) que naquit l’idée d’offrir à Daniel Buren l’opportunité d’utiliser la télévision comme lieu de travail.

Alors, le projet échoua devant le réveil « in-extremis », bien qu’attendu, des a priori esthétiques conservateurs du rédacteur en chef en place à cette époque. En 1982, son successeur, Jean-Paul Garnier, décide de reprendre le projet et obtient l’assentiment de l’équipe rédactionnelle. Daniel Buren put bénéficier d’une liberté d’action complète, témoignage exceptionnel d’un climat de confiance que nous pûmes apprécier nous mêmes, tout au long de ces trois semaines où nous avons assuré la maintenance de l’opération.

La pertinence de l’intervention de Daniel Buren s’est imposée avec force. D’autant que les quelques expériences menées par les chaînes nationales françaises en ce domaine, frisent la trivialité ou le ridicule quand elles ne s’offrent pas comme jeu de massacres : des tableaux abstraits lyriques qui égayaient un temps le plateau du journal télévisé Soir 3 et dont parfois, un simple fragment, abusivement agrandi aux dimensions complètes de l’écran du récepteur, venait servir de fond « sidéral » au présentateur, jusqu’aux environnements peints de Moretti, cauchemardesques envahisseurs du studio de TF1 les soirs d’élection ou les décors de l’émission Champions qui chaque dimanche après-midi vampirisent l’œuvre néo-plastique de Piet Mondrian.

Comme il l’explicite ici lui-même, Daniel Buren a choisi de faire jouer deux logiques au sein d’un travail évolutif : la logique télévisuelle commune fondée sur la répétition d’une situation où la mise en scène opère tous les jours à l’identique, usant de cadrages et enchaînements toujours pareils, et dont le scénario ne connaît guère de rebondissements au gré d’une actualisation quotidienne dépendante de l’information régionale, d’une part, et la logique interne du travail, correspondant à l’occupation progressive, jour après jour, d’un cadre prédéterminé, d’autre part. Désignant l’écart (banalisé) entre espace réel, le studio comme lieu véritable du travail in situ, et espace de diffusion, fiction cadrée et multipliée, où le travail agit, il dévoile l’instrument télévisuel sans recourir au procédé usé sinon laborieux dans ce cas, consistant simplement à montrer à l’image l’envers du décor. Aucune socio-critique donc, mais une œuvre plastique implacable et d’un formidable pouvoir d’embellissement de l’image du seul fait d’un outil visuel efficace.

Quant aux réactions des spectateurs, telles que nous avons pu les enregistrer autour de nous et de tiers sollicités pour ce sondage, elles oscillent entre des pôles étrangement distants. Si l’apathie est naturellement restée forte, elle a pu atteindre involontairement un sommet chez cet « auditeur » qui écoute les informations sans jamais regarder l’image de son téléviseur et n’a donc rien remarqué. Nombreux furent ceux qui soulignèrent l’amélioration qualitative de l’image due au nouveau décor. Concernant le système évolutif du travail certains y virent l’occasion d’un jeu à la solution vite évidente, d’autres reconnurent avoir prêté un regard plus attentif aux images, à leurs structures et à la succession des séquences.

Sans doute, le grand mérite de cette exposition personnelle n’est-il pas d’avoir pu « imposer » Buren à la télévision, mais d’avoir permis au travail de fonctionner sans interposition parasite, pour maîtriser une nouvelle situation et démontrer encore son extraordinaire aptitude à satisfaire l’esprit et le regard.

Xavier Douroux et Franck Gautherot, dans CompilationLe Consortium : une expérience de l’exposition


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