Duane Hanson

31 mars – 20 avril 1998

37 rue de Longvic 21000 Dijon

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Disparu en 1996, Duane Hanson est moins connu que ses œuvres qui comptent pami les plus populaires de l’art contemporain.  » Supermarket Lady « , une ménagère épaisse, lookée Deschiens, qui pousse son caddie bourré de victuailles avec ses bigoudis sur la tête, passe aujourd’hui pour la Mona Lisa de l’américan way of life ! Millésimée 1969, cette oeuvre inaugure une longue série d’êtres génériques plus vrais que nature concoctés par l’habileté démoniaque d’un artiste hors norme, fier de « ne rien savoir de l’art ».

Né en 1925, au fin fond du Minnesota, après des études d’art à Seattle, le grand port nord-ouest des Etats-Unis, Duane Hanson fait son apprentissage dans le voisinage de l’Alaska, loin de l’effervescence new-yorkaise. A l’écart des modes, après de longs tâtonnements, c’est au moment où le déferlement du pop art se heurte à la banquise d’une abstraction minimal que Duane Hanson, la quarantaine bien tassée, donne une forme à une figuration tout aussi glaciale qu’efficace, qui le hisse d’emblée au sommet de l’hyperréalisme. Au côté du photo-réalisme des peintures aseptisées, ses  » scuptures  » grandeur ntaure font sensation comme autant de clones surgis du cauchemar réaliste qui hante le rêve américain. Jamais art du constat n’a fait preuve d’une telle maîtrise technique et d’un tel raffinement dans le moindre détail. L’illusion a pris soin de gommer toute trace artistique subjective pour s’apparenter, sans état d’âme, à la perfection d’un rapport d’autopsie. La performance technique renvoie  » l’adorable leurre  » d’un musée Grévin du côté des grossiers bricolages anecdotiques. A quoi s’ajoute le choix d’une typologie sociologique quasi scientifique. Clochards, brocanteurs occasionnels, ménagères et autres morceaux d’humanité, cueillis dans ce que la middle class produit de plus ordinaire, sont autant de figures emblématiques des catégories statistiques en usage.

Artiste engagé contre Reagan, la guerre du Vietnam et le désastre de la consommation, Duane Hanson retourne les armes de l’apparenxce contre la tyrannie du spectacle généralisé. L’art lui-même déserte la scène pour laisser place ne serait-ce qu’un instant aux vaincus et aux exclus, à tous ceux qui font l’Histoire de leurs petites histoires sans importance.

Rien n’est à la fois plus hilarant et plus effrayant que ces spectres trop vrais.

J.L.P.

L’événement du Jeudi, n°699, mars-avril 1998

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