Exposition d’ouverture

9 juin – 10 novembre 2011

37 rue de Longvic 21000 Dijon

Avec des œuvres de DON BROWN, RACHEL FEINSTEIN, ISA GENZKEN, DAAN VAN GOLDEN, DAN GRAHAM, RACHEL HARRISON, YAYOI KUSAMA, BERTRAND LAVIER, MARK LECKEY, OLIVIER MOSSET, RICHARD PRINCE, CLAUDE RUTAULT, CINDY SHERMAN, HAEGUE YANG, JEAN-LUC GODARD, JOHN ARMLEDER, KELLEY WALKER, EMMANUEL FREMIET, FRANCOIS POMPON, ON KAWARA, LUIGI ONTANI, CHRISTIAN BOLTANSKI, SYLVIE AUVRAY, CECILE BART, IDA TURSIC ET WILFRIED MILLE, DAVID HOMINAL et YAN PEI MING.

Il était inconcevable d’ouvrir au public ce bâtiment sans œuvres à l’intérieur, tant il a été voulu et conçu pour elles… mais aussi pour l’imagination des artistes et la disponibilité du regard des spectateurs. Mais comprenez que l’ensemble des œuvres réuni aujourd’hui en ses murs ne constitue pas une « seule » exposition au sens classique du terme, avec un thème unique ou un sujet commun.

Cependant à l’étage vous découvrirez plus tard une section particulière qui, sous le titre « Deep comedy » (qu’on pourrait traduire librement par l’expression « Comédie humaine ») rassemble un certain nombre de pièces d’artistes de différentes générations et nationalités. Toutes ont une approche théâtrale légère, voire même humoristique, des catégories ou des poncifs, aussi bien ceux de la peinture (abstraite ou figurative), que de la croyance ou de la vie amoureuse, de l’éducation ou du travail. À l’origine de l’idée de ce regroupement dans une architecture intérieure construite pour l’occasion, sur le mode des ruelles, places et cours d’un village, on trouve un artiste américain nommé Dan Graham, ami fidèle du Consortium qui est en quelque sorte l’invité d’honneur de cette ouverture des portes. La fin du parcours nous laisse en présence de nouvelles œuvres de l’artiste américaine Sherrie Levine, qui pour l’occasion se donne le plaisir de réincarner ses propres travaux.

Ailleurs, principalement au rez-de-chaussée, cohabitent et conversent, des artistes dont certains ont exposé au Consortium il y a vingt ou trente ans avant de faire une brillante carrière et d’autres, montrés plus récemment ou appelés à l’être plus abondamment, sont l’expression de la générosité formelle et intellectuelle d’un art contemporain qui rêve toujours de dialoguer avec la société, de toucher l’émotion et la perception du spectateur.

Dans la très haute salle, au rythme (toutes les 1/2 heures) de la projection d’un film inédit de Jean-Luc Godard (tourné dans les studios de Coppola, avec pour « objet » la Nativité du peintre français du XVIIème, Georges de La Tour), deux grand tableaux monumentaux bi-colorés d’Olivier Mosset et des sculptures « baroques » d’Isa Genzken, sans oublier, tout en haut un film du début de la vidéo (d’où cette « qualité » fragile), témoignage d’une performance de Luigi Ontani en 1969 : peinture, sculpture, vidéo et performance, cinéma, art classique et décoratif, médias contemporains ainsi réunis.

En entrant par la droite, trois salles consacrées à Dan Graham. D’abord un film qu’il a tourné de manière anticipatrice dans une galerie marchande comme lieu des nouveaux comportements du Vivre Ensemble, puis des images photographiques du New Jersey qu’il connaît si bien, avec son méli-mélo d’architectures pavillonnaires, et des vidéos qu’il a filmé lui-même à l’intérieur ou l’extérieur de plusieurs de ses propres « pavillons » en verre (édifiés dans les jardins de musées ou les places publiques). Avant de pouvoir faire l’expérience d’un véritable pavillon en « acier et verre », mi-transparent et mi-réfléchissant, où sont projetés des films et enregistrements de concerts ayant trait au phénomène de starisation et de communion collective attaché à l’histoire du rock.

Plus loin, porte ouverte sur la cour quand le temps le permet, une salle de sculptures de Rachel Feinstein : relief mural cuivré en multi-dimensions, statue en ronde-bosse et maquettes d’un Gargantua (une œuvre commandée par des habitants et élus de Précy-sous-Thil pour leur nouvelle médiathèque). Une ambiance « rococo » (XVIIIème bavarois presque) qui se prolonge avec les tableaux d’un peintre vivant à Rotterdam, Daan Van Golden (dont le nom signifie le « doré »), autour de Mozart, des silhouettes de porcelaines de Meissen et du bleu si reconnaissable de celles de Wedgwood. Sans oublier un hommage rendu par Le Consortium à deux grands sculpteurs nés en Bourgogne, Pompon et Frémiet, pour bien signifier les continuités entre art du passé et art d’aujourd’hui.

Mais tout de suite après, et c’est bien la difficulté de notre temps et sa complexité, un groupe de photographies de Richard Prince : car si continuité il y a, rupture et extension inédite du monde des œuvres il y a bien eu aussi au XXème siècle : pensez — pour prendre un exemple — à l’irruption d’un tableau abstrait de Mondrian ou celle d’un « ready-made » de Duchamp dans ce qu’on définissait comme l’art un peu avant 1920. Mais revenons aux images (sorte de « cartes postales ») de Prince montrant des sites connus (Châteaux de la Loire, Paris ou le Berlin de la partition due à la Guerre froide), prises lors d’un voyage « touristique » programmé comme un geste artistique, en 1969, alors que jeune artiste il bénéficie d’une bourse de séjour en France. Le temps a passé, la diapositive-souvenir a viré au carmin, les tirages montrent une réalité bleutée, et c’est notre œil au présent qui réajuste un monde où le patrimoine persiste (Versailles) là où l’Histoire efface (Check-Point Charly).

Successivement, dans la partie édifiée dans les années quarante du siècle passé (une usine pour l’embouteillage de la liqueur de cassis), les sculptures polychromes de Rachel Harrison et leurs allusions aux symboles et formes mayas (Yucatan), puis les pages de journal de Kelley Walker à qui journalistes et ouvriers de l’imprimerie de l’Est républicain demandaient en 2005 une réponse d’artiste libre aux raisons (en fait « publicitaires ») du passage à la couleur de leur journal quand la direction essayait de leur « vendre » la meilleure crédibilité de l’information. Deux manières de vous parler en teintes vives cette fois de notre univers de communication et de tourisme.

Dans le noir de la salle suivante, l’œuvre la plus ardue. Son auteur est anglais, il se nomme Mark Leckey. Il manie « l’humour de l’humour » comme on dirait qu’on peut parfois « embellir le beau ». Cela tient du dispositif « technico-scientifique » et de la conférence d’anthropologie illustrée par des œuvres contemporaines. Le tout sur fond dévastateur (on pense à Jerry Lewis) de remise en cause d’un certain sérieux d’expert et un goût prononcé pour le dérapage kafkaïen. Sans tout comprendre (anglais oblige) laissez-vous tout du moins séduire par l’installation.

Dans la grande galerie, à la même place exactement qu’en 1995, le « pylône chat » de Bertrand Lavier. Toujours cadré par le sol et le plafond, véritable dessin tridimensionnel résistant aux effacements du temps, pour un paysage « intériorisé » dans un monde qui s’est depuis largement urbanisé à en croire ce que laisse entrevoir, à l’extérieur, les fenêtres hautes de la salle.

Et pour terminer le circuit, dans la perspective, le nouveau travail de Cindy Sherman. Un fond de nature rousseauiste « symétrisé » (évoquant un test de Rorschach) où se détachent des personnages (c’est encore et toujours elle-même qui se met en scène) sortis d’une saga néo-médiévale pour un improbable jeu de rôles entre amis ou une séquence de World of Warcraft pour des millions de joueurs en ligne.

Reste l’étage, mais nous en avons déjà dit quelques mots et un plan vous attend pour vous repérer dans l’accrochage de ce niveau supérieur. Que la comédie de la vie vous enchante.

Merci de la visite.
Et à bientôt j’espère.

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