Gilles Richard Traces/Paysages

5 – 28 février 1979

55 rue Chabot-Charny 21000 Dijon

TRACES/PAYSAGES

Itinéraire :
Des « traces de feu dans la forêt » (1) ; relevé de pratiques forestières en noir et blanc, comme ponctuation d’une promenade pas laissée au hasard (2).
La mise en « œuvre» est confiée à la série (photographique).
Les photos comme témoins des instants signifiants de la promenade ; ici les ronds de feu, cendres.
Similitude des relevés (d’un rond de feu, l’autre, le même).
Il n’y a pas de cendres sans feu ni fumées.

A la suite de ces relevés, sont donnés à voir des feux et fumées saisonniers (feux de sarments de vigne).
On note un changement d’échelle (plus petite) c.a.d. tranche de paysage photographié plus grande : parallèlement on assiste à la fin 1974 à l’abandon définitif du noir et blanc au profit de la couleur (3).
A l’adoption intuitive d’un point de vue unique, sensible particulièrement dans le dépliant d’Auxonne (cf. note 1) – ce qui était un principe photographique rationalisé chez B. et H. Becher – s’ajoute une géométrisation de l’image due tant au cadrage qu’à un rejet qui s’esquisse alors des éléments anecdotiques du lieu photographié ; cette géométrisation dérive très directement des importants travaux de J. Dibbets et G. Dekers.
La présentation reste linéaire (une seule promenade), G. Richard agit rapidement, feux et fumées par leur évanescence dictent la vitesse d’exécution, d’autant que dès 1975 un élément de plus intervient; le coucher de soleil (4).
Peu à peu, les travaux témoignent de la prise en compte d’éléments d’une thématique simple ; fou / cendres / fumées / coucher de soleil (embrasement du paysage).
L’exploration de champ conceptuel (le feu) se réalise par la mise en « œuvre »; la photographie devenant réalisation (mise en vie) du concept.
L’inclusion dans le champ conceptuel (le feu) du « couché de soleil » si elle procède de la métaphore, aussi intervient comme prise en considération d’un : élément de l’histoire esthétique (néo-romantisme en come-back dans l’art contemporain) (5).

Du paysage
La réalisation du concept par la photographie donne comme toile de fond aux feux / fumées / couchers de soleil, le paysage, c.a.d. ici le lieu où se donnent à voir les éléments choisis.
d’un paysage, l’autre : de l’infrapaysageité de la trace de feu comme témoin de l’activité humaine en forêt, relevée par l’artiste-promeneur, on passe par un changement d’échelle, à une spectacularisation de l’extrême (6).
Le regard / photo saisit et produit un événement-paysage. l’artiste devient metteur en scène du réel.
La conjonction traces de fumées dans un ciel de soleil couchent ne peut fonctionner par la redite (série) ; inscrivant un processus temporel (promenade) que sur un mode esthétique (nostalgie, voyeurisme, mémoire culturelle collective de la peinture, dans la photo, et du cinéma. le paysage représenté est occulté en partie par l’exécution photographique (cadrage, saturation des photos).
par l’estompage de la topographie, nomment ainsi les contrastes, il ne subsiste de paysage qu’une toile de fond (7), support des traces signifiantes sur lequel elles s’exercent (fumées, couchers de soleil).
La rigueur « ethnographique » du relevé des traces de feux en forêt est bien vite relayée par la subjectivité de l’artiste qui reprend possession (8) d’un paysage sous conditions particulières et éphémères.
Ainsi la promenade du début devient presque performance quand la gestuelle de la capture photographique d’une réalité évanescente, devient de plus en plus rapide.
La mise en « œuvre », soit des séries de photos devant témoigner d’une fumée se dissipant dans un ciel de coucher de soleil, n’est plus alors qu’une course-poursuite autour du paysage cadré en des angles changeants.

Notes :
(1) : telle la pièce « Trace de feu près de piles de bois dans la forêt d’Auxonne » 1979 , qui fit l’objet d’une édition en 1974 et à propos de laquelle on se reportera au texte paru dans Flash Art n°50/51.

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