Kendell Geers Ya Basta !

1 mai – 21 juin 2000

16 rue Quentin 21000 Dijon

Interview with Peta Krost préface cat. Kendell Geers, Secession, Wien, 1999 :

« I don’t work from within the realms of art because art has become a pathetic in-house joke », Kendell Geers said in an interview with Peta Krost in 1998. Consequently, the literature about the South African artist is marked by a vocabulary that is unusually violent for the art scene: the artist as an Aesthetic Terrorist or a South African Anarchist. This is due only marginally to the incident at the Venice Biennale in 1993 (where artists from South Africa had been invited for the first time since 1968, the allegedly fictitious year of birth of Kendell and the actual year of death of Duchamp), where Geers used Duchamp’s and R. Mutt’s Fountain for what it actually is: an urinal (after which he was promptly kicked out). It is Geers’ mistrust of the agreements which condition contemporary art in Europe and the USA or even permit its existence in the first place, together with his lustful-anarchical efforts to undermine them, which has earned him his Bad Boy image. Still, he is very conscious of his position as a WSAM (White South African Male) and tries to express that in his work (while being very aware of its expiry date) and in his clothes: « I always wear black on the outside because I am black on the inside… I see myself as a quintessential African, so if I am not black on the outside, then I must be black inside. »

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Christine Macel in catalogue, Extra et Ordinaire – Printemps de Cahors, 1999

« I always wear black on the outside because I am black on the inside… I see myself as a quintessential African, so if I am not black on the outside, then I must be black inside. »

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Le travail de Kendell Geers s’est développé — sous forme d’installations, d’actions, de vidéos — dans un contexte où la violence est quotidienne, la société sud-africaine de l’apartheid. Conscient de sa condition de WSAM (White South African Male), artiste engagé, son travail ne se fige cependant pas sur une conjoncture géopolitique mais interroge les formes de violence et de répression de la société d’aujourd’hui.

Avec Title Withheld (shoot) 1998-99, scènes montées en une boucle de quinze minutes de films américains des années 80-90 (Terminator, Scarface, A Bullet in the Head…) où le personnage tire sur le spectateur — Kendell pointe la banalisation des images de la violence, de la scène de meurtre. Des images de fiction qui renvoient à une société schizophrénique son reflet. Comme un contrepoint, la pièce 48 Hours, Situation, 1999 — à la Stephen Friedman Gallery – est abruptement la preuve par l’exemple : s’étalent tout au long d’un mur, de haut en bas, des brèves tirées de la presse quotidienne sud-africaine.

En quelques lignes neutres et froides s’égrènent, dans leur terrifiante banalisation, des faits de violence et de crime. L’efficacité de telles propositions tient souvent dans leur simplicité et c’est « comme un coup de poing en pleine figure » : ainsi, HIV + (1991-1994). Installation qui n’est pas moins provocante et insolente, dérangeante que son titre : du sang projeté partout sur les murs. Un geste, entre expressionnisme abstrait et wall painting ; un constat : le sang, fluide vital, vecteur d’un virus mortel qui dévaste plus que partout ailleurs tout un continent et en particulier l’Afrique du Sud.

Face aux cent cinquante gyrophares rouges de Cry Wolf (1999), le spectateur oscille entre deux paradoxes : il ne peut rester insensible à l’esthétisme de ce ballet bruissant de flashs colorés réguliers, mais il peut aussi éprouver un certain malaise quant à la symbolique dans l’inconscient collectif contemporain de cet objet, (rouge) signe d’urgence et de danger, (bleu) signe de pouvoir et de répression.

Extrait d’un entretien avec Peta Krost, 1998.

 

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