Jacqueline Humphries

Jacqueline Humphries est née en1960 à La Nouvelle-Orléans. Elle vit à New York. Elle a participé à la Whitney Biennial de 2014. Son travail fait partie des collections du MOMA, du Carnegie Museum of Art de Pittsburgh, de la Tate Modern de Londres.

Une chose est certaine concernant les peintures de Jacqueline Humphries, c'est que la photographie ne leur rend pas justice. Son obsession pour la question de planéité de la toile se traduit par la juxtaposition de plans et de couches de matière et l'introduction de matériaux et techniques innovants. Humphries produit une peinture abstraite d'une grande complexité visuelle mais qui, paradoxalement, se conçoit pour s'embrasser d'un regard.

En 1989, elle participe au Whitney Program où – elle le dit elle-même avec humour – le fait d'être peintre est considéré comme un « suicide artistique ». Pourtant, Humphries s'intéresse depuis avec constance au fait d'apporter une dimension contemporaine au geste picturale, et notamment en s'intéressant aux procédés d'automatisation. Ainsi, dès la fin des années 1980, elle utilise le keypunch permettant, à partir du XIXe siècle et de manière de plus en plus élaborée tout au long du XXe, de concevoir des cartes programmatiques à travers l'utilisation de supports perforés. Pour la présente série, elle emploie de grands pochoirs reprenant en tout point la composition de toiles antérieures qu'elle transcrit en ASCII (American Standard Code for Information Interchange) – alphabet usité à partir des années 1960 pour la transmission de messages, et parfois détourné à des fins artistiques ou du moins récréatives.

« Vous savez quand vous étiez gosse et que vous partiez en excursion à la NASA ? C'est comme s'ils avaient eu ces grands telex et qu'ils avaient imprimé un portrait du président entièrement en caractères machine. » Le recours à la fonction langagière et l'importance de la valeur de l'image sont ainsi prédominantes dans les réflexions qui l'animent, au même titre que les systèmes employés.

Humphries recherche cependant constamment un effet d'opposition entre un cadre, un motif répété et codifié, et des effets de flou, des tâches d'apparence plus aléatoire, suscitant sans cesse la question de l'accident, là où les procédés mobilisés résultent en réalité d'une maîtrise technique très importante.

— Marion Payrard