Jean Baudrillard

Jean Baudrillard Paris, 1986

L’an passé, les dix ans de la disparition du célèbre philosophe et sociologue français, père de la « French Theory », ont été spectaculairement discrets, y compris dans le champs des arts visuels avec lequel il entretint des relations suivies et mouvementées.

En 1977, dans L’Effet Beaubourg (éditions Galilée), il forme l’hypothèse selon laquelle « Beaubourg aurait pu ou dû disparaître le lendemain de son inauguration, démonté et kidnappé par la foule, dont ç’aurait été la seule réponse possible au défi absurde de transparence et de démocratie de la culture. »

La parution en 1981 de Simulacre et Simulation fit de lui « la coqueluche du monde de l’art new yorkais » selon les termes de Sylvère Lotringer : l’ouvrage servit de référence aux courrants « appropriationnnistes » dès sa traduction anglaise en 1983. Pour la conférence sur Andy Warhol qu’il donna en 1987 au Whitney Museum de New York, les places furent réservées plusieurs mois à l’avance...

Le scandale éclata lorsqu’en 1996 il publia (dans Libération) « Le complot de l’art », un brûlant réquisitoire invitant à penser la « nullité » de l’art contemporain (« nullité » compris au sens de « sans effet »). Force est de constater, pourtant, rétrospectivement, le caractère indiscutablement visionnaire de ses écrits, en particulier dans sa description d’un art évoluant rapidement vers l’entertainment et ayant inventé ses propres rituels : « Aller à une biennale est devenu un rituel social comme d’aller au Grand Palais. Et on en est arrivé à ce que les signes du rituel soient nuls, sans signification, sans substance. » (1996)

Baudrillard surprit (et irrita) à nouveau lorsqu’il exposa en 2000 à La Maison Européenne de la Photographie son travail photographique, initié au début des années 1980. Depuis, son œuvre photographique a été exposée dans le monde entier.

L’œuvre photographique Sainte Beuve accueille le visiteur dans la première salle de L’Almanach 18 dans le bâtiment du Consortium, indiquant aussi l’exposition monographique consacrée en même temps à Jean Baudrillard à l’Académie Conti.

—Éric Troncy

Jean Baudrillard à La Romanée Conti

Dans la perspective du classement Patrimoine Mondial de L’Unesco des Climats de Bourgogne dont fait partie le vignoble de la Romanée-Conti, Le Consortium et ce domaine se sont associés pour transformer l’ancienne cuverie du Prince de Conti en un espace d’exposition consacré à l’art de notre époque. Le Consortium y organise des expositions depuis 2012 : depuis son inauguration, y ont été exposés Bertrand Lavier (FR), Karen Kilimnik (USA), Thomas Houseago (USA), Joe Bradley (USA), John Armleder (CH), Wade Guyton (USA), Kim Gordon & Rodney Graham (USA). Les Climats de Bourgogne dont fait partie le vignoble de la Romanée-Conti ont été classés Patrimoine Mondial de L’Unesco en 2015.

L’exposition Jean Baudrillard à la Romanée Conti rassemble une trentaines de ses photographies, des plus « célèbres » à un ensemble d’images inédites, rassemblées grâce à la collaboration amicale de Marine Baudrillard qui permit l’accès à des archives photographiques jamais explorées.

Jean Baudrilard reçut un appareil photo automatique lors de son premier voyage au Japon en 1981, et en conserva dès lors toujours un avec lui, anticipant en cela notre comportement ordinaire avec les smartphones. Il photographia sans relâche les moments de « surprise des apparences » (pour reprendre le terme employé par Françoise Gaillard dans Les Cahiers de L’Herne consacré à Baudrillard) où la réalité semble plus artificielle encore que la fiction ou, plus tard, que les images de synthèse.

Une salle est réservée dans l’exposition aux autoportraits, vraiment pensés comme des « selfies » bien avant leur apparition sur les réseaux sociaux. De fait, c’est toute l’œuvre photographique de Jean Baudrillard qui peut aujourd’hui être regardée à nouveau comme annonciatrice du statut actuel de l’image photographique dans son usage domestique.

« Aujourd’hui chacun peut s’imaginer voir passer le Weltgeist devant son objectif et être devenu, par la maîtrise incessante des images, une conscience universelle. C’est le règne de l’expressionnisme photographique – face à des objets qui n’attendaient que d’être vus et photographiés, c’est-à-dire pris à témoin de l’existence du sujet et de son regard. » Jean Baudrillard, Ombre et photo, in Jean Baudrillard, « Cahier de L’Herne » N. 84, édité par F. L’Yvonnet, Paris, 2003.