Luc Ming Yan

Luc Ming Yan est né en 1994 à Dijon. Il vit à Shangai et Dijon.

Le benjamin de l’exposition, tout frais diplômé de l’ECAL, reprend la peinture là où d’autres l’ont laissé choir : le mitan de l’expression abstraite et la façon écolière de prendre en compte des personnages voire des animaux à peine esquissés.

Virtuose prudent mais peintre boulimique, il use de formats petits et moyens comme si l’époque ne poussait plus trop à la démesure englobante. Les malins aujourd’hui, en accord avec leurs galeries grandes comme des placards à balais, redécouvrent les délices du A4 (pour les plus aventureux) ou du moins le 50 figure.
Luc Ming Yan est rapide du pinceau quand il brosse ses compositions abstraites aux couleurs savamment contrastées ménageant des effets de lumière plus que des sensations de profondeur que les grands gestuels n’hésitaient pas à enclencher pour le plus grand bonheur des illusionnistes.

Il peint à Shanghai comme à Dijon, sauvage mutique, ne se mêlant guère, tout à la fabrication de tableaux qu’ils soient de séries abstraites assez passéistes en ce qu’ils n’affirment rien d’images mais juste de peinture, ou de formats réduits de monstres enfantins reproduits au pinceau ou de bestioles expressives. Rat, grenouille, oiseaux qualifiés (Gypaetus barbatus), ces personnages sont situés sur des fonds sans réelle profondeur mais quand même constituée par l’ombre portée au sol.

La touche est plus serrée, le mouvement moins ample, seule une oreille, une patte prendront la lumière. Les monstres sont des figurines en plastique issues des séries télé, de mangas ou de dessins animés : ça sent encore la panière plastique où s’entassaient ces vestiges réchappés des combats de l’enfance et que l’on retrouve tel sur les vides greniers du dimanche. L’abstrait de moyen format serait ce léger décalage dans les stratégies actuelles qui ne supportent plus le gigantisme et le cotton duck de leurs oncles américains allemands, et que le châssis entoilé préparé comme avant serait devenu l’indice d’aujourd’hui.
Il y a dans la peinture de Yan un parfum d’école d’art réussie, de finesse des couleurs et de justesse des placements des moments picturaux qui lui donnent cette intemporalité handicapante et prospective parce que nonsensique.

— Franck Gautherot