Nathalie Du Pasquier

Nathalie Du Pasquier est née en 1957 à Bordeaux. Elle vit à Milan depuis 1979.

Designer célèbre et cofondatrice du groupe Memphis, à Milan en 1981, elle a accompagné l’aventure (post)moderne autour de Ettore Sottsass, avec la création d’objets, de tissus, de tapis et de mobilier. À partir de 1986, elle se consacre exclusivement à la peinture en deux ou trois dimensions.

Le radicalisme et l’invention formelle de Memphis mesurée uniquement à l’aune d’un postmodernisme ravageur et iconoclaste ont gommé un peu trop rapidement les fondements modernes de l’aventure. Les peintures de Nathalie Du Pasquier sont un parfait révélateur de ces filiations : les compositions axonométriques appliquées à la peinture, la palette de couleurs assourdies, les objets quand ils sont présents dans les compositions clignent d’un œil vers le purisme d’un Corbusier, d’Ozenfant. Matinées de souvenirs et d’assimilations issus du suprématisme le plus tridimensionnel – les architectones –, certaines peintures et constructions font également la part belle à cette histoire de l’art et des arts appliqués.

Il y a sur son site (www.nathaliedupasquier.com) de belles photos de l’artiste au travail du tableau de chevalet peignant une composition architectonique abstraite d’après le modèle source en trois dimensions, comme si la sculpture devait se donner aussi en peinture en des jeux d’aller-retour que les expositions peuvent également mettre en scène. Pour le Camden Arts Centre de Londres, de grandes boîtes peintes de formes et motifs abstraits et architecturaux déroulaient ce récit moderne de la construction en opposition à la composition, jouaient avec brio du mélange pop design moderne/postmoderne, peinture pure et arts appliqués déco volume et axonométries à la Giotto. L’Italie est bien ce lieu de conservation des mémoires quatrocento repassées par les futurismes et les élégances à fine moustache et cheveux gominés dans des maisons rationnelles qui ont parfois flirtées avec les marges inadmissibles des fascismes brun et rouge.

Au Consortium, pour l’Almanach 18, Nathalie Du Pasquier remettra en scène son récit peint et construit pour cette belle salle ouverte sur la cour : trois murs peints de formes architecturales et décoratives assises sur une plinthe murale peinte en vert abriteront une longue étagère portant un ensemble de constructions polychromes en trois dimensions.

— Franck Gautherot