Yann Gerstberger

Yann Gerstberger, vue de l’exposition « Atarraya », Sorry We’re Closed, Bruxelles, 2018.© Hugard & Vanoverschelde

Ce jeune peintre français vivant à Mexico ne pouvait pas ignorer les glorieux pairs muralistes. La couleur, les mythologies précolombiennes, le modernisme tropicalisé, les indiens tisserands, tout est là pour favoriser l’assimilation active de ces données en des œuvres métissées, un peu sauvages, bien élevées au biberon des abstractions savantes des années 1930. Collage de fibres en de fausses tapisseries chatoyantes de teintures de cochenille et de pures chimies batikées. Serpent plumé Quetzalcoatl, oiseau lyre, bestiaire de rien, dessinés avec des tresses de serpillère plongées dans les bains de teinture et collées patiemment sur une bâche vinyle de récup’. L’artiste les associe depuis peu à des fresques brossées à la craie d’écolier sur des murs préparés d’enduit de ciment rugueux livrant des arrière-plans abstraits décoratifs.

Jill Gasparina a écrit : « Yann Gerstberger fait partie de cette génération d’artistes pour qui partir en voyage au Mexique ou se promener sur Google images revient (presque) au même. La référence n’importe pas, les images n’ont pas de légendes. Seules comptent la rencontre avec l’image et l’énergie libidinale qu’elle génère, le désir, la fascination, le rejet, ou l’indifférence. Il faudrait aujourd’hui réfléchir sérieusement sur ce genre nouveau de surréalisme visuel, issu des conditions de hasard objectif créées par le Web 2.0. Qu’est-ce que rencontrer une image dont on ne sait rien? Avons-nous une responsabilité devant les images? En guise de réponse, il pousse au maximum le côté magique et farfelu de ses pièces et explique qu’il “cherche simplement à faire une pièce hallucinée, avec une psychologie interne, et que l’on peut regarder sans avoir les clefs de lecture”. Puis il compare l’expérience proposée par ses sculptures avec celle qui consiste à regarder une sculpture de Papouasie-Nouvelle Guinée au Quai Branly, sans lire sa notice: Yann Gerstberger tient quelque chose, parce qu’il y a bien un rapport entre la circulation des images qui se dissolvent dans leur propre masse et l’exotisme, pur fantasme, qui se révèle toujours un peu inconsistant. »

Qu’en est-il de ce nouveau métissage bricolé, tissé des sous-cultures urbaines mexicaines, berlinoises ou stambouliotes qui ne soit pas seulement le cliché de jeunes gens imbus d’être nés connectés et par conséquent en état de compost permanent et d’accumulateur impénitent. La pratique des sauvageons sprayant les murs de l’atelier de graffitis FNLC Canal historique accompagnés d’images des valeureux d’Abstraction-Création, Auguste Herbin, Jean Hélion, et Georges Vantongerloo qui en 1931 fondèrent ce groupe et la revue éponyme pour un art abstrait biomorphique non autoritaire, va nous donner du fil à retordre et du plaisir facile. Pour L’Almanach 18, Yann Gerstberger présente de nouvelles « tapisseries » et un mur décoré à la craie d’écolier.

—Franck Gautherot