Marie Bourget & Gloria Friedmann

12 mai – 9 juin 1984
Galerie de prêt d’art contemporain, 2 place St Germain 89 000 Auxerre

Dara Birnbaum fait partie d’une génération d’artistes qui, influencée notamment par les travaux de Nam June Paik, a développé une posture critique à l’égard de la télévision dans les années 70.

Après avoir étudié l’architecture et l’urbanisme au Carnegie Institute of Technology de Pittsburgh, elle poursuit ses études au San Francisco Art Institute d’où elle sort diplômée en 1973. De retour à New York en 1976, elle commence à travailler avec la vidéo à la New School of Social Research.

Dans ses vidéos et ses installations, Dara Birnbaum dénonce et critique le pouvoir de manipulation des médias de masse en détournant les images qu’ils produisent. Sa démarche subversive s’appuie sur les manipulations technologiques qu’offre la vidéo pour déconstruire le flux des programmes télévisés (jeux, séries, programmes sportifs) afin d’en afficher la superficialité. En explorant et réinterprétant les codes et la grammaire de la télévision commerciale l’artiste cherche à révéler les mécanismes contradictoires qui existent à l’intérieur de ce medium. Elle décrit en effet ses premiers essais comme une « tentative pour traiter de quelques unes des dichotomies fondamentales inhérentes au médium lui-même. »

Parce que la télévision utilise la même technologie et le même outil de retransmission que la vidéo, l’artiste s’intéresse aux différences et aux similitudes qui existent entre l’expérience télévisuelle vécue de chez soi, et celle vécue, après appropriation des images par l’artiste, dans un espace public tel qu’une galerie ou un musée.

Dara Birnbaum expose pour la première fois en 1977 à l’exposition Artist’s Space de New York. Si elle n’utilise pas encore la vidéo, les images télévisuelles et les rapports entre l’image et le texte sont déjà soulignés et analysés. Drift of Politics (1978) est l’un des premiers exemples de déconstruction de l’image de télévision. Cette œuvre est composée d’images fixes de deux plans extraits d’un épisode du feuilleton américain Laverne and Shirley condensés en une boucle de cinq minutes.

Une des figures de style majeure de la pratique de Dara Birnbaum, repose sur la répétition abusive d’une image caractéristique de la production télévisuelle. La répétition permet alors aux images de s’affranchir du sens que leur donne le contexte télévisuel. Technology/Transformation: Wonder Woman (1978), a été réalisé en recyclant des images extraites de Wonder Woman, série télévisée populaire aux États-Unis dans les années 1970. L’artiste insiste sur la conversion d’une femme ordinaire en une femme douée de pouvoirs surnaturels. Dara Birnbaum a isolé certaines séquences au moment du montage, et fait tournoyer l’actrice dans un assaut d’images répétitives et fragmentées qui déconstruisent l’image et contribuent à altérer le statut d’icône donné par les médias aux héros de leurs productions. La répétition de cette transformation plusieurs fois de suite épuise l’effet magique: la transformation en Wonder Woman devient un fait banal et presque ridicule.

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