Mario Airó

19 janvier – 9 mars 1996

37 rue de Longvic 21000 Dijon

Featured Posts

A la lumière des œuvres

À Meudon – lors de l’exposition Le jour et la nuit – le choix avait été fait de ne pas intervenir sur l’éclairage de l’Orangerie, afin que, naturellement, la lumière et l’obscurité alternent. De plus, aucune œuvre n’engendrait elle-même une luminosité particulière.

Par opposition, pour le volet Ambiente rosso de l’exposition Le trésor (collection) en 1998, l’artificialité est poussée jusqu’à l’arbitraire avec l’utilisation de quelques fluorescents rouges, remplaçant sans logique systématique quelques-uns des tubes de l’éclairage habituel de l’Usine. Reste à « clairement » aborder la question (généralement laissée dans l’ombre) de l’impact de la lumière produite par les œuvres elles-mêmes, sur la sphère de perception, l’espace lui-même (les effets de coloration) et surtout la vision éventuelle d’autres œuvres.

Dans l’exposition 1968, section Prospekt 1992/Retrospek 1968, la pièce Suite Substitute (1968) et son clignotement coloré diffusait ainsi une lumière blafarde, alors que le Reinventing the 6O’s (1992) de Jon Kessler produisait à l’intérieur de son aquarium une atmosphère joyeuse (une sorte de nostalgie idéalisée) en mimant le spectacle rythmé d’un light show. Et que dire de l’effet d’un Flavin dans un accrochage minimaliste… ou sur un tableau de Peter Halley, ou sur… mais il est préférable de s’arrêter là.

Partons donc de la source pour comprendre les choix scénographiques de quelques expositions individuelles.

Matthew McCaslin utilise des ampoules qui diffusent une lumière jaune, Keith Sonnier et Stephen Antonakos des tubes néons pour dessiner des traits de couleurs – droits, ondulants ou circulaires. Pour Mario Airò la source prend l’apparence de l’objet qui la contient et qu’elle transforme : une tente de camping bleue.

À cette variété correspond celle des effets induits : les assemblages de McCaslin, tantôt posés au sol, tantôt aux murs, ont tendance à éclairer à la fois la salle dans laquelle elles se trouvent et les autres œuvres à l’intérieur d’une mise en scène nocturne généralisée. Les œuvres de Keith Sonnier – de la série SEL – plongées elles aussi dans une obscurité totale s’autoproclament avec violence et construisent tout autour d’elles une aura colorée qui va du sol au plafond. Pour sa part Stephen Antonakos, par refus d’effet dramatique, place ses œuvres dans un éclairage d’ambiance naturel ou normal ; à l’image de Neon On a Red Wall, les murs (où il installe les néons en dissimulant fils et électrodes) sont visiblement recouverts de coups de brosses d’une couleur, le tout relevant d’un mixage changeant des diffusions colorées. Quant à la pyramide bleue de Mario Airò, elle semble flotter dans l’obscurité, au-dessus du sol, sa présence évanescente et poétique cristallisant la création d’une atmosphère new age, à la fois spectaculaire et particulière.

Il convient enfin de mentionner le cas particulier de la lumière projetée où, à la différence de celles évoquées précédemment, la source de lumière n’est plus à proprement parler inhérente à l’œuvre, mais bien plutôt à sa source (comme dans l’Hommage au projecteur à découpe de Verjux où la projection de trois carrés de lumière imbriqués définit sur le mur un pseudo Albers). Faisceau dans l’espace jusqu’à rencontrer un obstacle qui lui servira d’écran (ainsi la projection de deux rectangles de lumière, réalisée par Keith Sonnier, se matérialisant au contact de deux grandes plaques de verre), son intensité garantit le repérage. Alors que pour leur part les projections kaléidoscopiques de Mario Airò jouent sur la mouvance et l’imprécision des limites, l’effet hypnotique accentuant la perte des repères.

Xavier Douroux et Stéphanie Jeanjean

 

Liens