Michael Corris & David Diao & Steven Parrino & IFP

15 mai – 27 juin 1987

16 rue Quentin 21000 Dijon

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[Rappel des circonstances]

À l’origine, il y a une série de rencontres ; ancienne avec les membres de IFP (réduit à Dominique Pasqualini, Jean-François Brun), alors souvent présents à New York, où les trois responsables du Consortium se rendirent en 1985. Olivier Mosset leur fit rencontrer Steven Parrino, avec lequel il partageait un atelier à Brooklyn. Michael Corris fut repéré à la galerie Bess Cuttler et David Diao visité dans son atelier de Franklin Street. Exprès, les relations étaient inopérantes, les travaux et les tempéraments plutôt antagonistes.

Du passage de Corris dans la mouvance Art & Language demeure cette préoccupation formaliste pour les domaines de la typographie et du graphisme. Parrino se présente avant tout comme un peintre de la radicalité gestuelle (Pollock) et pop (Warhol). À la croisée des cultures américaine, asiatique et européenne, Diao cite des grandes figures de l’histoire de la peinture : Malévitch et Motherwell. IFP est IFP, inclassable et symptôme avoué de cette décennie.

Stéphanie Jeanjean

 

« L’un des moments les plus importants de mes premières années à New-York, fut d’avoir aidé à l’installation du tableau Stations of the Cross de Barnett Newman au Guggenheim en 1966.

Je vais toujours voir ses œuvres partout où elles sont accrochées. J’ai également collectionné tous les catalogues et livres ayant rapport à son œuvre, enfin tous ceux sur lesquels j’ai pu mettre la main. À l’annonce de sa disparition en été 1970, en son honneur, j’ai intitulé de son nom une peinture ; une des très rares fois où dans ma vie, j’ai rendu hommage à un artiste en particulier. Depuis le temps mon intérêt pour Barnett Newman n’a jamais faibli.

C’est en regardant la liste dans Complete Drawings (catalogue raisonné des dessins) qui commente les œuvres faites durant les 27 années de sa carrière publique, que je fus impressionné de constater le petit nombre de pièces réalisées. Mesurée à l’aune de l’influence considérable qu’il a pu avoir sur moi et d’autres, la convention qui veut que les grands artistes soient prolifiques est sans aucun doute remise en question. Je voulais rendre visible mon étonnement et j’ai choisi une taille et une échelle newmannennes pour le faire. Le résultat dépasse mes espérances. Il y a quelque chose de tout à fait impressionnant dans la pure facticité des noms et des dates, qui me fait penser aux plaques commémoratives et peut être même au Vietnam Memorial.

Parmi les peintures abstraites récentes, nombreuses sont celles qui restent empêtrées dans l’infinie régression d’une auto-détermination formelle. C’est pour éviter le dessèchement que cela entraîne, que j’ai, dans mon travail, inclus des faits spécifiques : des noms et des dates. Les peintures ont souvent l’air de tableaux, de graphiques ou de diagrammes. Si on les considère purement comme des tableaux et des diagrammes, certains estimeront que ce n’est là qu’une voie modeste pour la peinture. Pour moi c’en est peut-être bien une possible. En abordant des sujets plus étroits mais plus aigus, je veux échapper aux grandes prétentions universalistes souvent faites pour la peinture abstraite. Pourtant les œuvres elles-mêmes sont résolument de la peinture, peintes délibérément. Je souhaiterais que Barnett soit encore là pour les voir.

Il y a maintenant deux ans, j’ai peint un très grand tableau intitulé Barnett Newman: Chronology of work. Il a été exposé l’hiver dernier à la Galerie Sidney Janis à New-York, et il est actuellement accroché au Aldrich Museum of Contemporary Art dans le Connecticut. Sa grande taille le rend difficile à déplacer.

Afin d’être en mesure de montrer cette œuvre en Europe, j’ai décidé de la refaire, d’une taille et de composition légèrement différentes, pendant les deux mois passés de mon séjour à Dijon. Le projet s’est développé par l’adjonction de trois autres peintures se référant à Barnett Newman. »

David Diao, Dijon, 28 juin 1992

 

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