On Kawara Consciousness. Meditation. Watcher on the hills.

21 février 2003 — 12 avril 2003

16 rue Quentin 21000 Dijon

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« L’un des choix fondamentaux du Consortium est de s’autoriser à revenir sur l’œuvre d’un artiste, comme à en accompagner les différentes manifestations y compris en dehors du champ de l’exposition.

Rémy Zaugg et On Kawara sont, parmi quelques autres, deux artistes dont le travail nous accompagne dans la durée. Publications nombreuses (citons pour mémoire l’ouvrage rétrospectif souhaité par Kawara : Whole and Parts 1964-1995 aux Presses du réel ; annonçons la Chronologie Complète des activités de Rémy Zaugg pour 2004 chez le même éditeur), invitations dans l’espace social pour Zaugg (schéma directeur de l’Université de Bourgogne et construction de la résidence Antipodes, avec Herzog et de Meuron ; procédure Nouveaux commanditaires de la Fondation de France pour restructurer le village de Blessey à partir de la restauration de son lavoir), présences actives de leurs œuvres dans le processus d’usage de la collection du Consortium, toutes interventions de médiation qui confirment le rôle de producteur en nom collectif que veut jouer le centre d’art.

Quant à chaque nouvelle rencontre sur le terrain de l’exposition, c’est l’occasion d’une expérience toujours différente, dont la singularité est d’autant plus perceptible que l’un comme l’autre de ces artistes font vivre un cadre de forme extrêmement constant. »

ON KAWARA (né en 1933 à Aichi, Japon) présente au Consortium une exposition intitulée Consciousness. Meditation. Watcher on the hi/Is, qui inclut trois de ses projets majeurs : les Today Series (date paintings), I am Still Alive (télégrammes) et One Million Years (livres), ainsi qu’un dessin peu montré à ce jour, Sundays of 100 Years.

L’exposition présente 38 dates paintings, une par année depuis que l’artiste a entrepris les Todays Series, en 1966, ayant la particularité de toutes avoir été peintes un dimanche. La réalisation de ces peintures de petit format, énonciation en lettres blanches sur un fond généralement noir de la date à laquelle elles ont été peintes, obéit à des principes simples. Si l’artiste n’a pas terminé la peinture avant minuit, elle est détruite, tandis que l’écriture de la date informe sur le lieu où elle a été peinte : « 16 février 1969 » pour une peinture réalisée en France, la date précédant le mois, contre « aug. 27, 1971 » pour une autre réalisée dans un pays anglo-saxon. Ces peintures sont ensuite rangées dans des cartons spécifiques, auxquels l’artiste adjoint (ce n’est pas toujours le cas) une coupure de presse du jour de l’œuvre peinte. L’exposition présente également un autre travail permanent de On Kawara, I am still alive pour lequel sont envoyés par l’artiste des télégrammes à des amis et des collègues, avec l’invariable message, I am still alive (je suis encore vivant). One Million Years Post et OneMillion Years Future sont deux travaux complémentaires égrenant le passage du temps. Chaque travail est constitué de milliers de pages et de colonnes de dates écrites par ordre chronologique, l’une s’étirant avant 1969 et l’autre à partir de 1980. La durée d’une vie humaine est ici équivalente à quelques lignes et l’histoire humaine à quelques pages.

Si On Kawara est proche d’une démarche conceptuelle par les matériaux qu’il utilise (le langage non manuscrit, les coupures de journaux, des moyens de communication de l’information (les télégrammes, pour lesquels on l’a parfois identifié au mail art) ; des plans et des cartes postales dans d’autres travaux), son art se situe toutefois dans son attitude face au temps. Toute l’œuvre de Kawara est comme une extension de sa propre existence par laquelle il signifie qu’il est encore vivant et dont il vit la réalisation dans une forme de présent perpétuel, de conscience de soi et de son existence. Les règles du jeu plastique qu’il a constitué, interdépendance entre la répétition du même et la variation temporelle dans un principe, créent des apparitions plastiques et statiques du temps : ce vaste work in progress s’arrêtant avec la disparition de l’artiste. Projet fortement autobiographique, les dates paintings comme les télégrammes sont l’affirmation de l’actualité incessante de la conscience de soi de l’artiste, chemin de la méditation, et d’une vision d’un monde intemporel dont l’épicentre est l’existence du sujet dans le temps.

L’exposition distingue dans sa présentation les différents projets de l’artiste sans exclure cependant quelques confrontations. Tandis que le spectateur découvre dans la salle d’entrée les vitrines de télégrammes alignées sur l’accrochage du dessin Sundays of 100 Years, l’exposition rassemble dans trois salles contiguës la quasi-totalité des 36 dates paintings sous l ‘aspect d’une frise chronologique interrompue par l’architecture du lieu. Une autre date painting, la plus ancienne de l’exposition, accompagne dans une autre salle les livres One Million Years Post et One Million YearsFuture disposées en vis-à-vis dans des vitrines. Née de la collaboration entre Le Consortium et la Ikon Gallery de Birmingham où elle a d’abord été montrée avec le soutien de la Japan Foundation, cette exposition sera présentée dans de nombreux autres lieux pour un tour du monde à rebours, comprenant une dizaine d’étapes, en direction de l’est,

Cette exposition opère enfin un lien de continuité avec le travail préalablement réalisé par le Consortium avec cet artiste. En 1985, l’exposition On Kawara fut conçue comme une monographie (simultanément, quoiqu’indépendamment, était présentée une monographie consacrée aux travaux récents de John Baldessari),

Conscience, en 1990, construite à partir d’une idée de On Kawara orchestrée par nos soins, offrait à faire l’expérience de la confrontation de 25 date paintings et de 5 sculptures de Giacometti. Enfin, en 1994 Robert Nickas présentait une exposition collective intitulée Pictures of the Real World (In Real Time) où chaque date painting (une par an de 1966 à 1994) était associée à une œuvre photographique de la même année par différents artistes de Arbus à Prince, de Charles Ray à Gary Winogrand.

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