Phillip King

14 février – 16 juin 2013

37 rue de Longvic 21000 Dijon

Phillip King est né en 1934 à Tunis, il a étudié à la St Martin’s school of art de Londres en 1957-1958 sous la tutelle d’Anthony Caro* et a ensuite été assistant d’Henry Moore**. Il a mené en parallèle une activité importante de professorat au Royal College of Art et à la Royal Academy Schools. Il vit et travaille aujourd’hui à Londres. Sa dernière exposition monographique en France date de 1993.
De sa jeunesse tunisienne, il se souviendra d’une utilisation précoce de l’argile, matière oubliée avec laquelle il renouera à la fin des années 80, et d’une imagerie colorée qui le suivra toute sa vie. De retour en Europe, son goût pour la culture française (sa mère est française) le pousse à prendre un petit appartement à Paris. Ses vagabondages de jeune adulte dans la capitale l’entraîneront notamment à admirer les sculptures du département grec du Louvre. 
Au milieu des années cinquante, il étudie les langues vivantes à l’université de Cambridge et est remarqué lors d’une exposition par Anthony Caro, célèbre sculpteur anglais de 10 ans son aîné. Anthony Caro décide alors de le prendre dans sa classe de sculpture à la St Martin’s School of Art de Londres. Il travaille alors des petites pièces, fortement influencées par la sculpture de Matisse et Picasso découverte lors de ses années parisiennes. Sous l’impulsion de Caro et d’Eduardo Paolozzi se forme, dans les années soixante, à la St Martin’s School of Art, un groupe de sculpteurs (dont David Annesley, Barry Flanagan, Tim Scott ou William Tucker). Ceux-ci vont profondément renouveler la sculpture anglaise.

Fin 1958, Phillip King entre comme assistant dans l’atelier d’Henry Moore où il apprendra à travailler le plâtre et les grands volumes. 
Les trois premières importantes œuvres abstraites de sa carrière naissent à la suite d’un long voyage en Grèce : Window Piece de 1961, reflète le mieux son étude récente de l’architecture antique ; Drift de 1962, reprend le geste sculptural primaire d’appuyer un objet contre un autre ; et Declaration3 de 1961, constitue un réel nouveau départ dans le travail de l’artiste. Faite de ciment et de gravillons de marbre, cette dernière œuvre est composée de deux cercles, deux carrés et deux croix traversés et maintenus par une barre de métal en leur centre. C’est la première fois dans la sculpture anglaise que des formes géométriques, non organiques, servent de principe de composition à une œuvre.

Rosebud de 1962, marque plusieurs nouveautés importantes dans le travail de l’artiste : la forme du cône, la couleur, et l’utilisation de la fibre de verre. Le cône est une figure géométrique qui aura de nombreuses occurrences dans le travail de Phillip King. C’est une forme simple, creuse ou pleine, avec un plan circulaire et dont le sommet peut supporter divers artifices comme les « lames » colorées de Twilight (1963) rappelant des ailes ou des pétales pour rester dans la métaphore organique de Rosebud (bouton de rose). Genghis Khan, de 1963, est le plus grand cône de la série. Face à la finesse et la transparence de Twilight (crépuscule), il semble comme habillé et paré d’attributs animaliers que le titre peut aussi faire passer pour des atours guerriers. Phillip King à la différence de ses contemporains, n’est pas doctrinaire au sujet de l’abstraction et accepte l’idée que ses sculptures puissent évoquer des choses sans pertinence stricte avec leur existence matérielle. Les formes utilisées alors par l’artiste sont géométriques et organiques, à relier à une nature bienveillante composée de volumes et de couleurs. 
Cette série de trois cônes fait entrer dans le travail de l’artiste la fibre de verre et le plastique, matériaux jusqu’alors peu ou pas du tout utilisés en sculpture. Phillip King a, tout au long de sa carrière, expérimenté des combinaisons assez hérétiques de matériaux : béton et bois (Drift), ciment et gravillons de marbre (Declaration), fibre de verre, aluminium et bois (Twilight). Même le métal, matériel privilégié par les artistes de l’époque, est associé à de l’ardoise, du bois, ou du goudron. Le sculpteur n’hésite pas à exploiter des matériaux habituellement éloignés du vocabulaire abstrait et à les faire communiquer entre eux ou avec des objets industriels trouvés.
Dès 1962, Phillip King ose des couleurs très vives dans une période plutôt chromophobe. La couleur dans son œuvre occupe une place fondamentale, elle est presque un matériau en soi. Certaines œuvres sont très proches de la peinture comme Tunis Rak de 2007 où le vert et le jaune font surface et donnent de la profondeur à l’œuvre.
En 1968, Phillip King et Bridget Riley représente l’Angleterre à la Biennale de Venise.

Les années 70 vont se caractériser par une recherche sur de nouveaux matériaux comme la pierre et l’utilisation pour la première fois du métal seul. Dans Angle Poise de 1973, nous présentons que les innovations de Phillip King vont donner naissance à des métaphores de désastre et de destruction. Les œuvres se font plus agressives, plus anguleuses, et l’artiste va utiliser des déchets industriels usagés (chaînes, câbles, grillages) laissant moins de place au chromatisme. Ces mêmes années, de grandes commandes publiques sont confiées à l’artiste. Ces œuvres sont, la plupart du temps, des sculptures libres et indépendantes du contexte dans lequel elles doivent être installées. Cela n’empêche pas Phillip King de travailler sur les proportions et les dimensions des futures œuvres selon leur lieu d’implantation.  Occupant la plupart du temps des parcs, il met en pratique son étude des jardins zen effectuée au Japon. Ses œuvres monumentales, très architecturées, sont parfois issues de maquettes réalisées bien des années auparavant.

En 1980, Phillip King est nommé professeur de sculpture au Royal Collège of Art. En 1981 une exposition rétrospective lui est consacrée à la Hayward Gallery de Londres. Cette exposition et sa fréquentation des étudiants du Royal College of Art vont l’amener à prendre une nouvelle direction. Dans un contexte plus hostile à l’abstraction, Phillip King va opérer une sorte de retour à la figuration, ou du moins à des formes plus facilement identifiables dans le réel. Ainsi nous pouvons imaginer Moonstruck (personne dans la lune) affublé d’immenses antennes d’une bête extraordinaire et d’une lune bleue faisant référence au titre. Ce retour à un certain réalisme se ressent particulièrement dans sa « trilogie méditerranéenne »  dont est extraite  It’s a swell Day for Stormy Petrell de 1989 qui joue de la métaphore marine. Le contraste entre la fluidité des vagues et la rigidité des obélisques ou de l’aqueduc à la De Chirico construit une situation symbolique que n’auraient pas reniée les Surréalistes. On peut également penser aux scènes de plage de Magritte et Picasso que Phillip King admirait dans sa jeunesse parisienne.

Ce retour à la figuration voit son apogée dans les années 90 avec la série en bronze des Fire King. C’est aussi le moment où l’artiste, en résidence au Japon, s’initie à la céramique. Bien plus sereine que les Fire King, ces céramiques aux surfaces brutes ont des dimensions plus modestes, plus domestiques. Les formes de ces œuvres renouent avec les abstractions géométriques des années 60. L’artiste s’amuse de ce matériau lui permettant de construire rapidement de petits volumes. Dans Tree Vessel (1996), ou dans Bodhisattva (1995), Phillip King explore les formes traditionnelles de la vaisselle.

Les années 2000 sont caractérisées par une grande énergie de formes et une palette joyeuse. Malgré un aspect visuel facilement abordable, ces œuvres ont toutes les qualités de la sculpture : poids, masse, équilibre, volume… Les teintes vives vont pratiquement devenir le sujet de ces dernières séries. Dans un rapport très proche à la peinture, avec des compositions cohérentes, presque discursives, la couleur scande et rythme les formes (Blue Slicer de 2007).

Le travail de Phillip King est remarquable par la richesse, la variété des formes et des matériaux, ainsi que la liberté avec laquelle il est passé d’une expression à une autre. Il a traversé toute la sculpture de la seconde moitié du XXe siècle, et continue de créer. La réutilisation de formes existantes et la copie ou le redimensionnement de ses œuvres sont récurrentes. Certains de ses travaux existent en plusieurs exemplaires et dans des matériaux différents. Il est aussi à noter que sa carrière d’enseignant à Londres et à Berlin a eu une grande influence sur la scène artistique contemporaine et qu’il a marqué profondément de nombreux étudiants tel que le jeune Richard Long***.

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*Anthony Caro né le 8 mars 1924, est un sculpteur britannique abstrait dont le travail se caractérise dès 1963 par l’assemblage d’éléments métalliques peints de couleurs vives. Ces sculptures de grand format placées sur le même plan que le spectateur constituent un tournant radical dans l’histoire de l’art tridimensionnel.

**Henry Moore né le 30 juillet 1898 et mort le 31 août 1986, est un sculpteur britannique. Il devient célèbre grâce à ses grandes sculptures abstraites en bronze et en marbre taillé. Il contribue à introduire une forme particulière de modernisme au Royaume-Uni, mais en s’inspirant souvent de la mythologie grecque.

*** Richard long né le 2 juin 1945 est l’un des principaux artistes du Land Art, mouvement utilisant la nature comme matériau et comme lieu de monstration des œuvres.

 

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