Pino Pascali

27 février – 25 avril 1987

16 rue Quentin 21000 Dijon

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[Inédit, 1998]

Un homme dit sa messe

Les mises en espace par Pascali de ses expositions n’ont guère pris de rides : l’apparence de désordre, l’absence de hiérarchie, le remplissage actif semblent aujourd’hui définitivement contemporains. En particulier celle des Armes à la Galerie Sperone en 1966 : « Ces sculptures ne sont pas magiques ! Ce sont des objets placés là, et, comme je veux qu’on les regarde, je les fais parfois énormes… Ce qui est essentiel, c’est que ces objets me donnent du courage, ils sont la preuve qu’en fin de compte, j’existe, alors ! »

L’enjeu, en 1987, n’était pourtant pas d’en mimer les apparences.

Mais bien plutôt d’accompagner le fait que ses présentations nous autorisent une sorte de prolongement, une extrapolation en mesure de renforcer la dimension fictionnelle de ce qui se réalise (dans et à travers l’exposition) comme des sculptures feintes : « Moi je fais mine de créer des sculptures, mais je ne veux pas qu’elles deviennent les sculptures qu’elles paraissent être ! » ; ou encore : « Concrètement pour sentir que je suis sculpteur, je ne peux que faire des fausses-sculptures. Et encore j’en arrive au domaine des trucages. » Décision fut prise de peindre les murs d’une improbable teinte coquille d’œuf (du plus bel effet pour la fausse fourrure presque noire du Solitario, le blanc vieilli des toiles en forme de Cascate ou les couleurs vives des brosses acryliques des Bacchi da Setola) et de recourir, pour les deux salles où figuraient les Armes, à un éclairage théâtralisé (à même de démultiplier leur présence, par le biais de plusieurs ombres portées qui chacune, en exagérait la taille).

Il convenait pourtant de ne pas enclencher une stratégie murnauesque (expressionniste) de l’inquiétude : « Ce qui est important, précisément, c’est d’avancer en direction de ce qui effraie – pas vraiment qui effraie –, vers du neuf. » … mais plutôt, d’afficher une volonté de déréalisation ou d’irréalisation, de recourir à l’excès pour fuir le naturel : « Nature c’est un mot qui fait peur. »

(Les propos de Pino Pascali sont extraits d’une conversation avec Carla Lonzi Discorsi, publiée en 1967 dans le n° 30-33 de la revue Marcatré)

Xavier Douroux, CompilationLe Consortium : une expérience de l’exposition

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