Steven Parrino

7 février – 14 mars 1992

37 rue de Longvic 21000 Dijon

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Alan Belcher

“Preview”
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Truchement

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25 mars - 3 septembre 2017
Avec: Maurizio Cattelan, César, Alberto Giacometti, Rodney Graham, Hans Haacke,On Kawara, Bertrand Lavier, Charles de Meaux, Frank Stella et Yan Pei-Ming.

Nourrie par un intérêt « nécrophile » pour la peinture, aux dires de Parrino lui-même, la pratique de ce dernier poursuit moins une tradition, celle du monochrome, qu’elle ne l’affronte en pervertissant sa prétention à la pureté. Désagrafées, pliées et retendues, mettant brutalement en évidence leur matérialité, les peintures de Parrino exposées perturbaient encore la perfection de leur réalisation initiale par l’évidement (Aluminium Bitch) ou la cassure du plan du tableau (Bent Twice). Jouant de sa filiation conceptuelle et procédurale avec les peintures noires de Stella, aux interstices entre les bandes laissées en réserve, Frank Stella’s Cat, peinture aussi « familière » que peut l’être un animal domestique, échappe à son maître, laissant la toile non apprêtée envahir le plan pictural et ses glissements le désorganiser en un réseau confus de pliures. Le formalisme, ici, a mal tourné, et c’est au tableau d’un désastre que le spectateur est convié, comme dans Snake Lake, également, où la contiguïté des deux monochromes noirs, l’un laissé intact et l’autre détendu, plissé avant d’être fixé à nouveau au châssis, rappelle plus évidemment les disaster series de Warhol. « Snake » étant par ailleurs le surnom donné à Diane Lake par les autres membres de la « Famille » de Manson avant la désintégration tragique de cette dernière. La pliure, comme toutes les autres interventions physiques opérées par Steven Parrino à l’encontre de l’idéalité supposée du monochrome, le perturbe matériellement ; dénuées de visées compositionnelles, mais génératrices d’accidents (par où ces tableaux, d’ailleurs, participent avant tout d’une esthétique de l’action), ces interventions constituent non seulement des interruptions matérielles, par leur insistance à pointer la nature d’objet de la toile, mais encore symboliques, l’événement de la rupture physique fonctionnant comme une métaphore de l’irruption de l’histoire, de la vie, dans l’espace abstrait, éthéré, de la couleur seule.

Monochromes « pop », encore, Lee Marvin/Marlon Brando rappelaient dans le même temps la fascination de Parrino pour la culture populaire et, dans l’idée présidant à sa réalisation, deux tableaux fameux de Rauschenberg, Factum I & II — l’identité recherchée dans la répétition ne pouvant ici que produire, fatalement, une différence, et Parrino le déformaliste abdiquer sciemment tout contrôle…

L’accrochage quant à lui était d’un « classicisme » ni avoué, ni désavoué, ni espéré, ni désespéré.

V. P.

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