Tatsumi Hijikata

21 décembre 2011 – 22 janvier 2012

37 rue de Longvic 21000 Dijon

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Etienne Bossut, NO PIPE, Faux Mouvement, Metz, 2011

Etienne Bossut, NO PIPE, Faux Mouvement, Metz, 2011

Etienne Bossut, NO PIPE, Faux Mouvement, Metz, 2011

Etienne Bossut, NO PIPE, Faux Mouvement, Metz, 2011

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Danseur et chorégraphe, créateur du butô, Tatsumi Hijikata (1928-1986) fut également enseignant. C’est peut-être en raison du fait qu’il considérait que la danse contemporaine japonaise débutait avec lui que ses créations ont trop souvent été comprises comme l’expression et le symbole d’un Japon post-atomique rejetant toutes formes d’acculturation avec l’Occident. Or une lecture attentive de son œuvre révèle une pensée moins univoque et beaucoup plus riche.

Dans le Japon d’après-guerre, Hijikata était une personnalité excentrique revendiquant son positionnement aux côtés des exclus, des marginaux et des opposants. Le Japon des années 70 fut marqué par une opposition virulente à la politique gouvernementale et fut secoué par d’importantes convulsions sociales (principalement en 1960 et 1968). Dans une société en crise, qui défend l’intégrité de la Constitution de 1947 et dénonce le Traité de sécurité nippo-américain, c’est un corps également en crise, privé d’une motricité normale, qui est donné à voir par Hijikata dans ses spectacles.

Ses œuvres sont nourries du travail de création qu’il a mené avec d’autres artistes, notamment des plasticiens, comme Natsuyuki Nakanishi ou Eikoh Hosoe. Hijikata considérait que les arts de la scène, la littérature et les arts plastiques étaient indissociablement liés. Ses influences principales sont à chercher du côté de Vaslav Nijinski, de Mary Wigman et de la Neue Tänze allemande, d’Antonin Artaud et de Jean Genet, ou encore en peinture de Francis Bacon.

Les pièces réunies ici, et rarement présentées au public français, proviennent des archives de Hijikata conservées au Research Center for the Arts and Arts Administration de l’université Keio à Tokyo ou ont été spécialement reconstituées pour cette exposition.
Cette présentation s’articule autour de l’évocation de deux pièces chorégraphiques majeures de Tatsumi Hijikata : Hijikata Tatsumi to NihonjinNikutai no Hanran (Hijikata Tatsumi et les JaponaisLa Rébellion de la Chair) et Hôsôtan (Histoire de variole).

Créée en 1968 et donnée à seulement deux reprises, les 9 et 10 octobre 1968 au Nippon Seinenkan à Tokyo, La Rébellion de la Chair est une chorégraphie en treize parties. Cette pièce aussi nommée par Hijikata, Onzième anniversaire de la formation de l’Ankoku Butô-ha est son premier solo. Ce drame mettant en scène le Mal est également un récit de la Passion. Le spectacle de deux heures s’ouvre dans le bruit avec une maquette d’avion qui survole le public avant de s’écraser. Après quoi, Hijikata fait son entrée par le fond de la salle, debout sur une sorte de palanquin porté par ses élèves, telle la procession de l’Empereur romain Héliogabale évoqué par Antonin Artaud dans Héliogabale ou l’anarchiste couronné, il gagne la scène où sont installés six panneaux de laiton qu’il a commandés à l’artiste Natsuyuki Nakanishi. A la demande de Hijikata, ces panneaux sont fixés par un seul point leur permettant de tourner délicatement. Au lever de rideau, ne sont suspendus que les panneaux latéraux, les quatre panneaux centraux sont au sol et s’élèvent après le lever du rideau. Ce décor de scène témoigne d’une collaboration de plusieurs années entre les deux créateurs.

Les tableaux suivants montrent le mariage du roi crétin avec lui-même, puis différents personnages notamment féminins qui nous mènent jusqu’à l’ascension et la crucifixion du roi fou. Ce spectacle, dans lequel Hijikata incarne pour la première fois des femmes, a une dimension très clairement rituelle et sacrificielle; rituelle avec la mise à mort d’un coq sur scène et sacrificielle car Hijikata y expérimentait la souffrance dans sa propre chair.Le chorégraphe s’était consacré durant plusieurs mois de manière exclusive à la préparation de cette œuvre, menant un travail intense et exigeant sur son corps, en s’alimentant peu pour épurer son organisme et le débarrasser du superflu. C’est un corps émacié, dont le squelette perce sous la peau, qu’il donna à voir au public extrêmement nombreux du Nippon Seinenkan. Hijikata manifestait là son obsession pour les modifications anatomiques et la déformation corporelle, influencé en cela par la peinture de Bacon. Pour cette pièce, il commença également un travail postural basé sur ses souvenirs d’enfance, sur les gestes et le langage corporel des paysans de son Tôhôku natal et plus particulièrement de la région d’Akita. Il développa alors l’idée que le corps est porteur d’une mémoire collective. Dès lors, il associera les gestes du « corps japonais » aux sources chorégraphiques et plastiques européennes.

A partir de 1972, alors qu’il s’éloignait de plus en plus de l’improvisation, il mit au point une méthode pour transmettre des formes et des gestes à ses danseurs, on parle de « kabuki du Tôhôku ». C’est aussi en 1972, qu’il produisit Hôsôtan, qui fit l’objet de cinq représentations. C’est un spectacle très construit d’une heure trente minutes, associant danse et théâtre, qui présente différents personnages interprétés par des danseurs et des danseuses. Les scènes voient des groupes de danseurs succéder ou s’associer à des solos de Hijikata. L’histoire est celle d’une femme isolée qui souffre d’une longue maladie. Hijikata choisit d’évoquer dans cette Histoire de variole l’intimité et ce qui est refoulé par la société. Dans cette pièce chorégraphique, les danseurs par leurs mouvements changent de sexe et sont tour à tour humains ou animaux.

Quatre photographies d’Eikoh Hosoe de la série Kamaitachi sont également présentées. Hosoe choisit Hijikata comme personnage et l’emmena à plusieurs reprises au Tôhôku pour le photographier dans cette région où l’on trouve selon Hosoe l’essence de l’identité japonaise. Des extraits des Cahiers chorégraphiques (Butô-fu) de Tatsumi Hijikata sont également présentés, notamment Nadare-ame, réflexions posturales menées à partir de peintures et Bacon-Shôko (Premiers écrits sur Bacon).
Akiko Motofuji, la veuve de Tatsumi Hijikata, déclara en 1989 : « Nous autres, Japonais, nous avons les jambes courtes. A partir de cette originalité, nous avons créé le butô, une danse adaptée à notre corps ». C’est en effet, le corps comme matière et matériau, qu’explora Hijikata, le corps des paysans d’Akita soumis au rude climat hivernal. De même, comme les danseurs expressionnistes allemands, il rejeta l’esthétique du beau et du divertissement et refusa aussi de soumettre la danse à la musique ou à la technique. Il choisit d’exprimer un corps douloureux, épuisé par les épreuves et la souffrance, qui, dans une danse souvent assise ou debout genoux pliés, comme le dit Ushio Amagatsu, « dialogue avec la gravité ». Dans le butô, le pied reste fermement accroché au sol, il ne cherche pas à s’en émanciper comme dans la danse occidentale.

Tatsumi Hijikata n’eut jamais l’occasion de présenter son butô, son corps réel et ses corps fictionnels hors du Japon.

 

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