Tobias Pils, Michael Williams

7 octobre 2017 – 7 janvier 2018

37 rue de Longvic, 21000 Dijon

Commissariat: Eric Troncy, Le Consortium

Avec le soutien de: Galerie Eva Presenhuber, Zürich & New York
Remerciements: Gladstone Gallery, New York & Bruxelles; Galerie Gisela Capitain, Cologne

L’exposition au Consortium rassemble pour la première fois les travaux de Tobias Pils et Michael Williams. Issus de la même génération, les deux artistes nourrissent une amitié déjà ancienne, et c’est tout naturellement qu’ils ont formé le projet d’exposer ensemble. Sont ainsi présentées des toiles représentatives de l’identité picturale de chacun, mais aussi deux grands formats réalisés à quatre mains lors d’une venue au centre d’art. 

Tobias Pils

Il apparaît que les peintures de Tobias Pils sont créées dans un état de concentration qui dépasse ce qui se déroule sur la toile, et en même temps, dans une sorte d’étourdissement. L’éveil et le rêve se complètent l’un l’autre. C’est un songe lucide, dans lequel, paradoxalement, se concentrer sur l’extérieur ouvre aussi une porte à la réalité des images intérieures, ainsi directement connectées au mouvement du pinceau sur la toile. Les aplats, boucles, spirales et lignes irrégulières bougent formellement dans n’importe quelle direction, tout comme les couleurs forment des taches et des éclaboussures. Tout cela est la trace de cette réalité duelle, enracinée dans l’observation simultanée de l’intérieur et l’extérieur. L’espace diffus créé par la confrontation d’éléments de lumière et d’obscurité est aussi fondé sur cet élan. C’est une réalité avec ses propres codes qui apparaît sur la toile. Tout ce qui est visible – couleurs, lignes et formes – entre en relation sans pour autant fusionner dans une narration cohérente au sens d’événements extérieurs. Toute terminologie est ici déviée.

Heinz Liesbrock

Michael Williams

Une substance instable est la condition sous-jacente au travail de Michael Williams. Elle révèle un état de flux constant. Les occupants cartoonesques de ses tableaux sont constamment submergés par des arrangements picturaux formels. Mais alors que l’on perçoit tout juste la complexité de la peinture, ses intangibles strates de couleur et de signes, une bouche concupiscente s’immisce, ou un nez bulbeux, et l’autorité picturale de l’oeuvre est sauvagement entamée. « En réalisant mes peintures, j’utilise généralement le sujet à la fois comme un point de départ et comme une chose contre laquelle travailler, » explique Michael Williams. « S’il y a une sorte de maladresse, elle est toujours là pour créer le doute. »

Ce doute a pour effet de conférer plusieurs formes de stabilité aux peintures de Williams, à la fois visuellement et émotionnellement. Les motifs se révèlent être trop ambigus pour le système visuel humain, pour ne connaître qu’une unique interprétation. Dans le même temps la résonance émotionnelle de ces peintures fluctue entre la bande-dessinée grotesque et la profondeur artistique. Il y a des cogitations philosophiques réminiscentes dans le travail de Ludwig Wittgenstein à propos du dessin du lapin-canard qui peut être vu, soit comme un canard, soit comme un lapin. Est-ce un canard ? Est-ce un lapin ? Les deux ? Ou est-ce juste une ligne continue arrangée formellement ? Le travail de Williams offre une ambiguïté similaire – est-ce drôle ou sérieux ? Superficiel ou profond ? Figuratif ou abstrait ? Un mystère hante son oeuvre, une sorte de mélancolie même, une silhouette qui part à la dérive et que notre vision ne parvient pas à ancrer.

George Pendle