Pattern, Crime & Decoration
Alan Shields, Alvin D. Loving, Betty Woodman, Brad Davis, Claude Viallat, Cynthia Carlson, George Sugarman, George Woodman, Jennifer Cecere, Joe Zucker, Joyce Kozloff, Kim MacConnel, Lynda Benglis, Marc Camille Chaimowicz, Mario Yrisarry, Miriam Schapiro, Ned Smyth, Richard Kalina, Robert Kushner, Robert Zakanitch, Rodney Ripps, Simon Hantaï, Thomas Lanigan-Schmidt, Tina Girouard, Tony Robbin, Valerie Jaudon

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Consortium Museum
Curated by Franck Gautherot et Seungduk Kim
"Pattern, Crime & Decoration", exhibition view Consortium Museum, photo Clérin/Morin © Consortium Museum
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"Pattern, Crime & Decoration", exhibition view Consortium Museum, photo Clérin/Morin © Consortium Museum
"Pattern, Crime & Decoration", exhibition view Consortium Museum, photo Clérin/Morin © Consortium Museum

Exposition organisée en collaboration avec Lionel Bovier et le MAMCO à Genève, où elle fut présentée du 10 octobre 2018 au 3 février 2019.


L’exposition Pattern, Crime & Decoration présente un mouvement artistique américain novateur qui débuta au milieu des années 1970 pour disparaître au cours des années 1980. Établi par des artistes, souvent considéré comme le dernier mouvement artistique organisé du XXe siècle, il chevauche chronologiquement la fin du modernisme et le début du postmodernisme, en rejetant les préceptes rigides du formalisme moderniste et en adoptant avec enthousiasme motifs décoratifs et formes d’art non-occidentales. Profondément ancré dans le féminisme, il inclut de nombreuses artistes femmes, cherchant à mettre l’accent sur des formes d’art et artisanat souvent négligées et considérées comme appartenant à la sphère domestique ou décorative, comme la tapisserie, le patchwork, les papiers peints ou la broderie.

En réagissant face au contexte puriste et normatif des formes d’art dominantes de l’époque, tels l’art minimal et l’art conceptuel, Pattern & Decoration donne le signal de fin de la trajectoire réductive du modernisme et celui du début d’une ère nouvelle, en empruntant librement et de façon subversive des éléments du répertoire formel des arts de l’Islam, des cultures mexicaines ou indiennes, en passant par les mosaïques romaines ou byzantines. Il détourne la rigidité de la grille minimaliste pour créer des motifs répétés, mettant hardiment en relief composantes figuratives, couleurs bariolées, volutes, arabesques et kitsch. Le mouvement, rassemblé autour des textes de la critique d’art Amy Goldin (1926-1978), était soutenu par les galeristes Holly Solomon à New York et Bruno Bischofberger en Suisse. Bien que Pattern & Decoration ait connu un succès critique et commercial dès ses débuts, il s’estompa progressivement dans les années 1980.

Rétrospectivement, on peut maintenant considérer ce mouvement comme précurseur de nombreux courants artistiques qui suivirent, avec son emploi de formes flottantes et déconstruites, son intérêt pour les arts non-occidentaux, ses couleurs chatoyantes et ses mélanges d’éléments décoratifs répétés dont l’usage servira à rejeter le cadre eurocentrique et patriarcal du modernisme, tel qu’il s’incarne dans Ornement et crime, le texte d’Adolf Loos (1910).

Dans l’exposition du Consortium Museum, les artistes du mouvement Pattern & Decoration sont présentés en compagnie du précurseur de George Sugarman (1912-1999), un artiste connu pour ses sculptures colorées qui à l’époque de leur création défient toute classification, « ni Pop, ni Minimal » mais plutôt « maximaliste » et qui dans leur refus d’appartenir à un type d’art prévalent dans les années 1960 et 1970 préfigurent l’état d’esprit qui sera à la source du mouvement Pattern & Decoration. Mais également d’artistes américains et européens dont le travail partage des préoccupations formelles similaires tels Lynda Benglis, Alan Shields, Marc Camille Chaimowicz, Georges Viallat ou Simon Hantaï.

Les œuvres de Valerie Jaudon (née en 1945), Tony Robbin (né en 1943), Joyce Kozloff (née en 1942), Simon Hantaï (1922-2008), Joe Zucker (né en 1941), Mario Yrisarry (né en 1933),  George Woodman (1932-2017) et Richard Kalina (né en 1946) examinent la place du motif, de sa répétition, de ses déviations et de sa répartition sur une trame, en partant des mêmes principes d’organisation formelle que le minimalisme mais en s’écartant de la rigueur théorique aride de ce mouvement en s’appuyant sur l’influence des arts non occidentaux, notamment textiles.

Les œuvres de Miriam Shapiro (1923-2015), Cynthia Carlson (née en 1942), Tina Girouard, (née en 1946), Alan Shields (1944-2005), Robert Zakanitch (né en 1935), Claude Viallat (né en 1936) et Alvin D. Loving (1935-2005) ont pour point commun d’évoquer ou de clairement s’inspirer des techniques du quilting, un artisanat traditionnel féminin et vernaculaire , ou encore de la couture et de la broderie, et remettent en question les considérations formelles associées au modernisme telles que la planéité de la peinture, en produisant des créations hybrides : fonds découpés, toiles suspendues au plafond, ornements floraux  et ruptures de continuité dans la juxtaposition des motifs.

On retrouve également des réalisations dont l’exubérance des couleurs et l’organisation formelle ne sont pas sans rappeler l’importance d’Henri Matisse dans l’exploration des motifs décoratifs, en particulier ses fameux papier découpés, avec Robert Kushner (né en 1949), Kim MacConnel (né en 1946), Betty Woodman (1930-2018), Brad Davis (né en 1942) et Marc Camille Chaimowicz (né en 1947) dont le travail plus récent permet de réactiver l’héritage de Pattern & Decoration au sein de l’exposition.

Certains travaux se caractérisent par l’opulence, le baroque, le scintillement et l’expansion dans l’espace comme ceux de Rodney Ripps (né en 1950), Ned Smyth (né en 1948), Thomas Lanigan-Schmidt (né en 1948), Lynda Benglis (né en 1941) et Jennifer Cecere (née en 1950), avec des installations luxuriantes mettant en scène tissus bariolés et diaphanes, et des objets basés sur des éléments tels napperons et éventails chargés de motifs aux couleurs saturées.

Un catalogue avec de nombreuses archives inédites a été publié à l’occasion de l’exposition, en vente dans notre librairie et sur le site des presses du réel.