Nathaniel Mary Quinn
Nathaniel Mary Quinn

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Consortium Museum
Curated by Eric Troncy
Vue de l'exposition de Nathaniel Mary Quinn, Consortium Museum, Dijon, 2022. Photo : Rebecca Fanuele © Consortium Museum.
Vue de l'exposition de Nathaniel Mary Quinn, Consortium Museum, Dijon, 2022. Photo : Rebecca Fanuele © Consortium Museum.
Vue de l'exposition de Nathaniel Mary Quinn, Consortium Museum, Dijon, 2022. Photo : Rebecca Fanuele © Consortium Museum.
Vue de l'exposition de Nathaniel Mary Quinn, Consortium Museum, Dijon, 2022. Photo : Rebecca Fanuele © Consortium Museum.

Nathaniel Mary Quinn (1977, Chicago). Vit à New York.


Avec le soutien de la galerie Almine Rech (Bruxelles, Paris, Londres, New York, Shanghai). Remerciements: Paul de Froment, Gwenvael Launay.


 

Le Consortium Museum présente la première exposition personnelle en France de Nathaniel Mary Quinn (né en 1977 à Chicago). Elle réunit une quinzaine d'œuvres et s’articule autour de The Director (2019), qui a récemment rejoint la collection du Consortium Museum à la suite d’un don.

Nathaniel Mary Quinn est un peintre dont la pratique s’inspire du travail de la mémoire et de fragments d’images puisés dans des magazines, des photographies personnelles et sur Internet. Avec ses peintures, il crée des portraits composites à l’aide de techniques mixtes (huile, fusain, gouache, acrylique et pastel sur papier ou lin), inspirés autant par l’histoire de l’art - du cubisme et de l’expressionnisme à Francis Bacon - que par ses souvenirs de rencontres fugitives et de moments passés en famille, dont beaucoup sont inspirés par son enfance dans la cité des Robert Taylor Homes, dans le quartier du South Side de Chicago. Élève talentueux qui dessinait de façon obsessionnelle lorsqu’il était enfant, il obtient pendant son adolescence une bourse pour intégrer le pensionnat militaire des Culver Academies dans l’Indiana. Peu après il est cependant profondément marqué par le décès de sa mère, suivi de peu par son abandon par son père et le reste de sa famille. Peu de temps avant d’obtenir son diplôme de fin d’études au lycée, il décide d’honorer la mémoire de sa mère en ajoutant son prénom, Mary, à son propre nom. Chaque tableau qu’il réalise est ainsi dédié à celle-ci.

Malgré ces obstacles précoces, le parcours et la carrière de Nathaniel Mary Quinn sont marqués par la persévérance, la discipline, la résilience et le travail acharné. Pendant de nombreuses années il gagne sa vie en tant que travailleur social, tout en poursuivant en parallèle sa pratique artistique.

Évoquant la tradition moderniste du collage, ses portraits sont inspirés par les personnes de son entourage ; ils “tentent d’articuler visuellement ce qui est souvent invisible”1. L’œuvre de Nathaniel Mary Quinn est souvent intuitive, inspirée par des associations d’idées et des souvenirs qui se reflètent dans l’aspect fragmentaire et dissociatif de ses peintures, semblables à ces flashs d’images, de sons et autres éléments disparates qui surgissent naturellement dans le flux de l’inconscient. Ceux-ci sont ensuite recomposés dans un ensemble qui combine motifs de tissus, vêtements, fragments de visages et de corps. Comme il le dit lui-même, son travail “traite de questions sociales, mais vues au travers d’un filtre plus personnel”. 

Les commentaires sur son travail se focalisent souvent (et parfois s’arrêtent) sur les distorsions apparemment à l’œuvre dans ses portraits. Il serait cependant plus exact de les dépeindre comme des compositions d’une grande intensité, dans lesquelles ces éléments dissociatifs de la mémoire sont réassemblés à la manière d’un puzzle afin de créer une  image intérieure qui reflèterait tous ces éléments discordants et disparates constitutifs de l’identité ou de la façon dont elle est perçue, en mettant en avant empathie et vulnérabilité du sujet. C’est ainsi que ces compositions s’efforcent de concilier la vie intérieure de l’artiste et celle de ses modèles avec les réalités complexes de l’existence au sein de la communauté afro-américaine, l’univers fragmenté de l’inconscient avec les expériences communes de la vie quotidienne au 21e siècle, fusionnant l’héritage du modernisme avec notre vécu dans un univers d’après l’avènement de l’internet, afin de tenter de donner un sens à la nature fragmentaire de notre existence. 

 

1  Entretien avec Anderson Cooper, Gagosian Quarterly, Fall 2019.